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Après Mundo Grua et El Bonaerense qui décrivaient une réalité sociale difficile, vous signez avec Voyage en famille une œuvre plus intimiste. Quel en a été le point de départ ? L'idée
originale de Voyage en famille remonte à 1995-96.
C'est en réalité le tout premier scénario de
long métrage que j'ai écrit pour le cinéma. Il
s'inspire de plusieurs voyages en famille que nous faisions quand
j'étais gamin : nous partions tous à l'aventure à
bord du camping-car que mon père a construit il y a une trentaine
d'années. C'est ce camping-car que l'on voit dans le film. Le film alterne habilement entre un road-movie hors normes et une tragi-comédie familiale… Ce périple de 1400 kilomètres est bien entendu un prétexte pour évoquer, de manière aussi subtile que possible, les conflits qui opposent les personnages et leur manière de les gérer. Les changements que l'on perçoit dans le paysage rythment les évolutions dramatiques qui se produisent tout au long du film. Sorte de microcosme ambulant, le camping-car semble être un protagoniste à part entière...? Absolument
: le camping-car "Viking" est bel et bien un personnage.
Nous avions Le tournage a-t-il plus difficile que pour vos deux premiers films ? Ce film s'est avéré particulièrement difficile à tourner. La distance, la route, la chaleur et le fait que la moitié des douze comédiens étaient des mineurs accompagnés par leurs parents n'ont pas facilité les choses… Nous avons tourné pendant 4 mois et nous avons souvent dû interrompre le tournage pour diverses raisons. Il faut dire qu'une équipe de 70 personnes qui sillonnent le littoral argentin en plein été n'est pas toujours facile à gérer. Il y a même eu des scènes où nous nous retrouvions à 400 – comme la séquence de la fête du "gaucho". Vous cadrez parfois en plan large des scènes où la tension dramatique est forte, ce qui est plutôt inhabituel. Pourquoi ce parti-pris ?
La palette de couleurs oscille entre le rouge et l'ocre. Cela correspond-il à votre vision de la famille ou de votre famille ? Le
film parle aussi du passé. Les adultes, en particulier, ne
cessent d'évoquer leur Comme dans vos deux précédents films, vous faites appel à la fois aux comédiens professionnels et aux non professionnels. Pourquoi ? On croit souvent que je fais principalement appel à des non professionnels, alors que sur mes trois films, les non professionnels sont beaucoup moins nombreux que les professionnels. C'est ainsi que pour Voyage en famille, la quasi totalité des comédiens viennent du théâtre – à l'exception de deux d'entre eux qui jouaient la comédie pour la première fois. Je voudrais vraiment insister sur le fait que, pour moi, un comédien ne doit pas forcément être diplômé d'une école d'art dramatique pour interpréter un rôle. J'aime beaucoup faire se côtoyer comédiens professionnels et non professionnels. Etiez-vous anxieux à l'idée de diriger votre propre grand-mère ?
La musique, très belle, alterne entre des moments nostalgiques à la Astor Piazzola et des chansons joyeuses, qui incitent à la fête… La
musique de León Gieco, comme les interprétations de
Hugo Díaz sur les tangos de Gardel, ont accompagné toute
la phase d'écriture du film dès les premiers instants.
Gieco est l'un des musiciens les plus célèbres d'Argentine
depuis les années 70 et il est en outre très engagé
politiquement. Dans les années 80, il a enregistré avec
Gustavo Santaolalla la collection De Ushuaïa a la Quiaca
: il s'agit de rythmes folkloriques qu'il a obtenus en parcourant
l'Argentine et en captant des sons des régions et des peuples
les plus reculés du pays. |