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L'équipe |
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Sandro
Petraglia et Stefano Rulli (scénaristes)
: biofilmographies et entretien |
Sandro
Petraglia est né à Rome le 19 avril
1947. Après avoir passé sa licence de philosophie, il
a été critique de cinéma, documentariste puis
scénariste. En collaboration avec Silvano Agosti, Marco Bellocchio
et Stefano Rulli, il a réalisé en 1975 le film documentaire
Nessuno o Tutti (la version pour la sortie en salle s’intitulera
Fous à délier) et en 1978 le film enquête
La Macchina Cinema. Il a ensuite réalisé en
qualité de metteur en scène Il Mondo Dentro
(1979) et Gran Serata Futurista (1981). Avec Stefano Rulli
: Il pane e le mele (1980), Settecamini da Roma
(1981) et Lunario d’inverno (1982).
Pour le cinéma, souvent en compagnie de Stefano Rulli, il a
écrit : La mouette de Marco Bellocchio (1978), Bianca de Nanni
Moretti (1984), Dolce Assenza de Claudio Sestieri (1985), Giulia e
Giulia de Peter Del Monte (1986), Étoile de Peter Del Monte
(1988), Mery pour toujours de Marco Risi (1991), Domani domani de
Daniele Luchetti (1989), Pummarò de Michele Placido (1990),
Il Muro di Gomma de Marco Risi (1991), Le porteur de serviette de
Daniele Luchetti (1991), Le voleur d’enfants de Gianni Amelio
(1992), Ambrogio de Wilma Labate (1993), Arriva la Bufera de Daniele
Luchetti (1993), Fiorile de Paolo et Vittorio Taviani (1993), Il toro
de Carlo Mazzacurati (1994), Poliziotti de Giulio Base (1995), La
Scuola de Daniele Luchetti (1995), Pasolini, mort d’un poète
de Marco Tullio Giordana, Vesna va veloce de Carlo Mazzacurati (1996),
La Mia Generazione de Wilma Labate (1996), La vie silencieuse de Marianna
Ucrìa de Roberto Faenza (1997), La trêve de Francesco
Rosi (1997), Auguri Professore de Riccardo Milani (1997), Messaggi
Quasi Segreti de Valerio Ialongo (1998), I Piccoli Maestri de Daniele
Luchetti (1998), La Guerra degli Antò de Riccardo Milani (1999),
L’amante perduto de Roberto Faenza (1999), Domenica de Wilma
Labate (2000).
Pour la télévision, il a écrit : I Veleni dei
Gonzaga de Vittorio De Sisti (1985), Attentato al Papa de Giuseppe
Fina (1986), Mino (1986) de Gianfranco Albano, La pieuvre 3 (1987)
de Luigi Perelli, Una vittoria (1988) de Luigi Perelli, La pieuvre
4 (1989) de Luigi Perelli, La pieuvre 5 (1990) de Luigi Perelli, I
Misteri della Giungla Nera de K. Connor (1990), Felipe ha gli Occhi
Azzurri de Gianfranco Albano (1992), La pieuvre 6 (1992) de Luigi
Perelli, Felipe ha gli occhi azzurri 2 de Felice Farina (1993), Michele
alla Guerra de Franco Rossi (1994), Don Milani (1998) d’Antonio
et Andrea Frazzi, Più Leggero non basta de Betta Lodoli (1998),
La vita che verrà (1999) de Pasquale Pozzessere, Come l’America
(2001) d’Antonio et Andrea Frazzi, Compagni de Scuola de T.
Aristarco et C. Norza (2001), Perlasca (2002) d’Alberto Negrin.
Stefano Rulli
est né a Rome en 1949. Il obtient sa maîrise de lettres
avec une thèse sur « le néoréalisme et
la critique cinématographique ». En 1974, il organise
pour la « Mostra del Nuovo Cinema » de Pesaro un colloque
sur néorealisme. Durant cette période, il publie Polansky
(Nuova Italia, Castoro, 1975) et collabore avec les revues Ombre Rosse,
Scena, Quaderni piacentini, Essai, Cinema sessanta. En 1975, avec
Marco Bellocchio, Silvano Agosti et Sandro Petraglia, il réalise
le film-documentaire Nessuno o Tutti, dont sera tirée une version
pour le cinéma intitulée Fous à délier.
C’est avec les mêmes collaborateurs qu’il réalise
en 1977 une enquête en cinq épisodes sur le cinéma
en tant que mythe : La Macchina Cinema. À cette époque,
il commence à écrire ses premiers scénarios :
il collabore en tant que scénariste et assistant à la
mise en scène à Nel più Alto dei Cieli de Silvano
Agosti et La mouette de Marco Bellocchio. Avec Sandro Petraglia, il
réalise une sorte de trilogie sur les faubourgs de Rome : Il
pane e le mele (1980), Settecamini da Roma (1981) et Lunario d’inverno
(1982). Pour le cinéma, il a écrit, souvent avec Sandro
Petraglia : La Donna del Traghetto (1987) d’Amedeo Fago, Mery
pour toujours (1989) de Marco Risi, Pummarò (1990) de Michele
Placido, Le porteur de serviette (1991) de Daniele Luchetti, Muro
de Gomma (1991) de Marco Risi, Le voleur d’enfants (1992) de
Gianni Amelio, Arriva la Bufera (1993) de Daniele Luchetti, Il toro
(1994) de Carlo Mazzacurati, La Scuola (1995) de Daniele Luchetti,
Pasolini, mort d’un poète (1995) de Marco Tullio Giordana,
Vesna va veloce (1996) de Carlo Mazzacurati, La trêve (1997)
de Francesco Rosi, Auguri Professore (1998) de Riccardo Milani, I
Piccoli Maestri (1999) de Daniele Luchetti. Pour la télévision
: Attentato al Papa (1985) de Giuseppe Fina, Mino (1986) de Gianfranco
Albano, La pieuvre 3 (1987) de Luigi Perelli, Una vittoria (1988)
de Luigi Perelli, La pieuvre 4 (1989) de Luigi Perelli, La pieuvre
5 (1990) de Luigi Perelli, La pieuvre 6 (1992) de Luigi Perelli, Don
Milani (1998) d’Antonio et Andrea Frazzi, La vita che verrà
(1999) de Pasquale Pozzessere, Come l’America (2001) d’Antonio
et Andrea Frazzi, Perlasca (2002) d’Alberto Negrin.
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Entretien
avec Sandro Petraglia et Stefano Rulli
STEFANO
RULLI – Nous voulions faire depuis longtemps un film sur les
années 70, c’est-à-dire sur la phase de notre
vie qui nous le plus marqué, sur cette période pour
nous la plus significative. Au fil du temps nous avons accumulé
du matériel, des histoires, des notes personnelles. Lorsque
nous avons trouvé la clé nous permettant de raconter
tout cela dans Nos Meilleures Années, nous avions
acquis, je le crois, une plus grande souplesse ainsi que la capacité
de résister aux tentations schématiques, de même
qu’un amour plus profond pour nos personnages. Nous possédions
désormais ce sentiment du temps nécessaire
lorsqu’on veut établir une distance vis-à-vis
du récit. Nous ne nous sommes pas donné pour but de
faire un roman ; nous sommes partis du cœur d’une
histoire, de notre histoire, celle qui reposait en nous.
SANDRO PETRAGLIA – En tant qu’écrivains, nous ne
parvenons jamais à partir d’un thème ; on
démarre uniquement si des personnages nous viennent à
l’esprit. Dans un premier temps, nous avons pensé à
deux amis, protagonistes d’une histoire couvrant une très
longue période. Puis, à la recherche d’une plus
grande géométrie ou d’une non géométrie
des sentiments, nous avons imaginé deux frères. C’est
à ce moment que les différents éléments
évoqués plus haut par Stefano se sont agrégés.
Nous avons déterminé pour nos héros un statut
social précis ; nous ne voulions pas parler de personnages
particulièrement aventureux ou velléitaires qui se cognent
contre les murs comme des oiseaux enfermés dans une pièce.
Nous pensions que ces personnages devaient avoir des responsabilités
qui les ancrent quelque part, qu’ils devaient être en
quelque sorte cloués du fait de leurs choix et non
pas à cause des impondérables de l’existence.
Après avoir décidé de faire de Nicola un psychiatre
travaillant en HP et de Matteo un policier, le cadre au sein duquel
notre histoire évoluerait a commencé de se dessiner
plus clairement.
SR – Un film qui nous a toujours habité et qui parfois
réaffleure dans notre travail est Rocco et ses frères.
C’était déjà arrivé dans Le
voleur d’enfants : que trouverait l’enfant de
Rocco – désormais grand garçon – après
avoir regagné le Sud de l’Italie ? Dans Rocco,
Visconti, en partant de l’évocation de l’émigration,
avait réussi à traiter des thèmes relevant de
la tragédie antique. Comment, aujourd’hui, le
cinéma peut-il retrouver une dimension analogue, comment peut-il
saisir dans la narration ces grandes valeurs qui concernent au même
titre celui qui est né à Gela ou à Paris ?
Tandis que dans Le voleur d’enfants, nous parlions
de la déchéance sociale, dans Nos Meilleures Années,
ce n’est pas seulement la communauté d’origine
qui se délite mais plus encore les références
idéales et les modèles de vie. La crise des personnages
naît presque toujours non pas d’obstacles extérieurs
mais de la difficulté, toute intérieure, de faire coïncider
comportements et convictions. Tous les protagonistes de Nos Meilleures
Années se trompent à un moment ou à un autre
mais, comme le disait Don Milani, à cause d’un « trop-plein
d’amour ».
SP – Imitation of Life de Douglas Sirk est notre autre
film d’élection. Les troubles sentimentaux, l’idée
du temps qui passe et les déchirements que cela comporte, la
notion de famille comme creuset conflictuel... Le mélodrame
mais aussi le drame. Cependant, en écrivant le film, nous avons
tenté d’utiliser l’instrument de l’ironie
et de la légèreté. Un style que la mise en scène
de Marco Tullio Giordana a largement contribué à ciseler.
SR
– Nous avons choisi de faire démarrer notre histoire
en 1966 parce que cette année préfigure 68 dans sa phase
la plus vitale, généreuse, innocente. Avant la politique.
En 1966, Sandro et moi, on était à Florence en train
de sauver les livres de la terrible inondation qui avait déferlé
sur la ville et on s’en rappelle comme d’un moment de
grand bonheur – les filles, les voyages en car, le camping...
La sensation qu’on peut « changer les choses » est
venue de là. Sont ensuite survenus des événements
complexes, dont la tragédie du terrorisme qui a interrompu
un processus de manière violente. 1968 demeure de toute façon
une année cruciale pour la génération née
au lendemain de la guerre comme Marco Tullio et nous deux. Et, en
Italie, 1968 a souvent été retracé de manière
caricaturale, notamment par notre classe politique. Les jeunes d’alors
sont dépeints à l’instar de « staliniens
» qui se « rangent » une fois devenus adultes. Nous,
nous croyons au contraire qu’il existe beaucoup de gens comme
Nicola, Carlo ou Vitale : personne ne les connaît ; ce sont
des professeurs, des ouvriers, ou des médecins parfois sans
frontières. Un exemple : pour le personnage de Carlo qui devient
économiste auprès de la Banque d’Italie, nous
nous sommes inspirés d’un ami qui, après les tumultueuses
années 68, s’est employé à appliquer ses
idéaux au bon fonctionnement de l’économie de
notre pays. Une fois les grandes utopies écartées, ces
gens ont souvent continué d’œuvrer, en silence et
de manière cohérente, chez eux, au travail, dans les
associations de bénévoles. Si ces personnes ont disparu
des gazettes et n’occupent plus les Unes, elles contribuent
encore à rendre la vie meilleure dans ce pays. Parmi les personnages
de Nos Meilleures Années, j’aime beaucoup la
petite sœur qui aurait pu devenir une archéologue de renom
et voyager dans le monde entier, mais qui choisit d’avoir des
enfants et de s’occuper de sa famille. La vie sans héroïsme.
SP – La meglio gioventù n’est pas seulement
le titre d’une poésie en langue frioulane de Pasolini,
c’est aussi celui d’une chanson tragique des chasseurs
alpins italiens qui allaient mourir au combat. Dans son acception
romaine, c’est également une façon goguenarde
de s’autodéfinir comme « les meilleurs »,
ceux qui l’affirment étant au fond les premiers à
n’en être guère convaincu... L’idée
fixe des enfants du baby boom nés après la
guerre réside dans le fait de vouloir rester jeunes dans leur
tête. Jim Morrison des Doors disait : « j’espère
mourir avant de devenir vieux ». Cette génération
n’a jamais dit « tout ce qui est réel est
rationnel » mais « tout ce qui est réel
ne va pas dans le bon sens et doit être changé ».
Ce qui implique naturellement de nombreuses erreurs, mais seuls ceux
qui ne font rien ne se trompent jamais.
SR
– Il y a dans ce film un héros « collectif »
: la famille. Matteo est le personnage le plus complexe et on y a
beaucoup travaillé. Matteo représente l’élément
dramaturgique fort de l’ensemble de cette histoire. Nous l’avons
imaginé tel le maillon faible de la famille. Peut-être
le sait-il, même si dans les première scènes il
semble plus déterminé, audacieux et volontaire que Nicola.
Matteo a en lui quelque chose qui le dévore tandis que son
frère se fie corps et âme à son instinct de liberté.
Et son respect de la liberté est tel qu’il n’arrête
pas Matteo, qu’il ne retient pas sa femme qui le quitte pour
entrer dans la clandestinité. Nicola pense évidemment
que chacun doit faire ses propres choix et n’imagine ni ne prévoit
où ces choix peuvent conduire ceux qu’il aime (Nicola
se reprochera par la
suite son manque d’intuition, son obstination à fermer
les yeux). Le malaise de Matteo, selon nous, n’a guère
besoin d’explications. Bien au contraire, car un excès
de justifications rationnelles ou sociales finissent par être
réductrices au vu et au su de sa douleur. Dans la mesure du
possible nous avons essayé de raconter plutôt que d’expliquer.
Des rares personnes qui ont lu le scénario, Marco Tullio est
le seul qui ne nous ait pas demandé pourquoi Matteo se tue.
Entre nous, l’entente a été parfaite.
SP – Matteo est contradictoire : il se sent étouffer
au sein de sa famille mais risque très gros pour redonner un
père à Giorgia. Matteo se dit à lui-même
: je n'éprouve plus d'intérêt pour la vie. Mais
il continue de vivre ; dans son travail de policier, il se bat,
il s'indigne, il ne peut s'empêcher de prendre parti. C'est
dans sa tête qu'il est contradictoire, pas dans son cœur.
Ses silences sont parfois plus inquiétants que ses paroles.
Pour Matteo, nous avons travaillé par soustraction ; nous avons
essayé de supprimer ce qui « sonnait »
trop rationnel, ou trop cruel a posteriori. Cette façon
de raconter Matteo est pour nous, et d'une manière générale,
un des nœuds de l'écriture. Pour raconter d'une autre
manière un personnage, nous n'avions pas seulement besoin d'autres
paroles mais aussi – et surtout – d'un autre rapport entre
les mots et les gestes.
SR
– Que cela soit pour Matteo ou pour les personnages secondaires,
nous avons fait un gros travail d’épure. Quand on a su
que Marco Tullio allait mettre en scène cette histoire, on
a pensé que nous pouvions faire des coupes franches. Il y a
bien longtemps, notre premier travail fut un documentaire sur la folie,
Fous à délier. Le film avait été
tourné à l’hôpital de Parme après
le départ du grand intellectuel Franco Basaglia, l’un
des « pères » de l’antipsychiatrie.
Basaglia est venu nous voir un jour de tournage et il s’est
baladé dans cet asile où il n’était pas
revenu depuis deux ou trois ans. Sa relation avec les patients était
extraordinaire. Il était joyeux, blagueur ; il les prenait
par le bras et leur tapait dans le dos. C’était contagieux
et on lui a demandé : « Mais tous les psychiatres
sont comme ça ? ». Ce à quoi il a répondu
: « Il y a deux sortes de psychiatres : ceux qui ont peur
des dingues et ceux qui n’en ont pas peur ». Basaglia
avait un fort sens de la vie, comme Nicola justement. Tandis que Matteo
est son « négatif », au sens photographique du
terme. Peut-être est-ce la raison de l’immense amour qui
unit les deux frères.
SP – La solitude dramatique de Matteo n’a d’égal
que la légèreté de Nicola qui, par exemple, se
met à faire une pizza avec sa fille alors que la télévision
retransmet l’image de sa femme fichée au terrorisme,
ou l’ironie de Vitale après qu’il a été
licencié de chez FIAT. Les années 80 représentent
la défaite de la classe ouvrière et il s’agit
d’une page noire de notre histoire. Mais cette défaite,
nous avons voulu la figurer dans la scène du mariage sans les
pleurnicheries d’usage, lorsque l’ouvrier licencié
a envie de danser et affirme : ils ne m’auront pas. Une réaction
nullement consolatrice mais vitale.
SR – Nous aimons les mythes et, autant que possible, nous avons
essayé de conférer aux personnages de Nos Meilleures
Années une dimension de cet ordre. Pour notre génération,
le mythe du cap Nord a eu une importance majeure. On se disait : « Allons
au bout du monde ! ». Les deux frères tentent
de s’y rendre ; Matteo n’y parvient pas car sa volonté
de découvrir le monde est moins grande que sa douleur. Nicola
revient du cap Nord à cause d’un trop-plein d’amour :
il va sauver Florence, il va sauver la Beauté qui se noie.
Le fils de Matteo – ou, dans un certain sens, celui des deux
frères – trouvera en lui cet équilibre qui lui
permettra d’atteindre la destination que la génération
précédente n’avait pu rallier. Il arrivera, lui,
au cap Nord. Nous voulions que le voyage d’Adriana, sa mère,
aux îles Éoliennes, ait lui aussi un aspect mythique,
celui d’un retour à la vie, un peu comme ce qui arrive
au personnage du père dans Job, un roman de Joseph
Roth.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)
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|
| Angelo
Barbagallo (producteur) : biographie et entretien |
Angelo
Barbagallo est né à Rome le 26 avril
1958. À partir de la fin des années 1970, il travaille
en qualité de directeur de production et d’organisateur
de différents films parmi lesquels Les yeux, la bouche et Henri
IV, le roi fou de Marco Bellocchio. En 1986, il fonde avec Nanni Moretti
la société SACHER FILM qui a produit : Nuit italienne
(1987) de Carlo Mazzacurati, Domani domani (1989) de Daniele Luchetti,
Palombella Rossa (1989) de Nanni Moretti, La Cosa (1990) de Nanni
Moretti, Le porteur de serviette (1991) de Daniele Luchetti, Journal
intime (1993) de Nanni Moretti, La seconde fois (1995) de Mimmo Calopresti,
Aprile (1998) de Nanni Moretti, La chambre du fils (2000) de Nanni
Moretti et, en 2001 et 2002, une série de documentaires signés
par différents auteurs intitulée I Diari della Sacher.
Depuis 1991, SACHER FILM gère le cinéma « Nuovo
Sacher » de Rome. En 1999, Angelo Barbagallo a produit avec
la société Bìbì film tv La Vita che Verrà
mis en scène par Pasquale Pozzessere.
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Entretien
avec Angelo Barbagallo
L’idée
de Nos Meilleures Années est née en compagnie
de Sandro Petraglia et Stefano Rulli, à la demande de la Rai
qui voulait mettre en œuvre une production reposant sur des critères
différents des standards habituels. Nous voulions raconter
en six heures une histoire se déroulant sur une longue période,
une histoire dont le souffle, les situations et les personnages seraient
à la fois ceux du roman de formation et du récit populaire.
Un défi susceptible d’être relevé uniquement
si nous réussissions à trouver un compromis entre ce
que nous voulions raconter – notre vie en Italie durant ces
quarante dernières années – et un langage certes
simple mais prenant du point de vue émotif. Et tout cela sans
encourager les mauvaises habitudes que l’on attribue souvent
au public, sans les trucs habituels, sans cynisme, et sans succomber
à la dictature de l’Audimat. Je crois que Marco Tullio
Giordana est parvenu à trouver cette clé et qu’il
a parfaitement réussi dans son entreprise. Une « grande
» histoire évoquée à l’aide d’émotions
et de sentiments où chacun peut se reconnaître : bref,
une fresque populaire.
En tant que téléspectateur, je sens énormément
le manque de produits différents, un peu plus ambitieux que
la moyenne. J’aimais l’idée de produire quelque
chose allant dans ce sens, quelque chose qui n’envisagerait
pas le public à l’instar d’une entité complètement
passive. Nous nous sommes lancés avec passion dans le projet
de Nos Meilleures Années ; toutes nos ressources
créatives et économiques ont été utilisées
pour sa réalisation, et cela n’est pas allé sans
risques ni sacrifices, ces six heures nous ayant coûté
650 000 000 euros. Mais vu l’ampleur du travail, cela me semble
un excellent rapport qualité prix.
Le
budget nous permettait de tourner pendant 24 semaines, une période
très nettement supérieure aux 4 semaines généralement
prévues pour la production de ce genre de projets télévisés.
La qualité du travail – à savoir le soin, l’attention,
la concentration de Marco Tullio et de toute l’équipe
durant ce long tournage – était celle d’un film
de cinéma ; il nous semblait en effet inacceptable de travailler
à la va-vite ou d’être moins exigeants au prétexte
qu’il s’agissait d’une production télévisée.
Pour ce genre de fiction en plusieurs épisodes, on a tendance
à tourner 50 % des scènes dans un même espace.
Nous avons en revanche utilisé 240 lieux qui devaient en outre
évoluer au cours des quatre décennies de notre histoire.
Si nous avons bénéficié d’une équipe
nombreuse ayant à sa disposition tous les moyens nécessaires,
nous sommes toutefois parvenus à déjouer la lourdeur
éléphantesque des productions de ce genre : il était
très important de conserver la souplesse d’une équipe
« légère » même si, sur le plateau,
nous étions plus d’une centaine de personnes.
L’ensemble
du travail de post-production a consisté à transférer
la pellicule 16 mm sur un support numérique. Après la
belle surprise de notre sélection au Festival de Cannes, nous
sommes passés du support numerique à un négatif
35 mm. Et le résultat nous semble excellent. Il pourrait être
intéressant, je crois, de voir ce produit atypique au cinéma.
Je me souviens que 1900 de Bernardo Bertolucci – sans
vouloir faire de comparaisons, évidemment – sortit sous
la forme de deux films distincts à une semaine d’intervalle.
Je pense que Nos Meilleures Années pourrait bénéficier
d’une sortie analogue. Je me rappelle également de la
sortie en salle des treize volets de Heimat, une expérience
de fidélisation du public très intéressante.
Des « groupes de cinéphiles » s’étaient
d’ailleurs formés et ces spectateurs venaient tous ensemble
voir les épisodes. Je crois que la dilatation temporelle caractérisant
Nos Meilleures Années pourrait représenter
une nouveauté pour le public cinématographique : il
y a effet des histoires qui ont besoin d’un rythme narratif
différent, moins serré, plus lâche, sans pour
pourtant être répétitif ou ennuyeux.
Il existe aujourd’hui en Italie une démarcation très
nette entre le cinéma et la télévision ; le cinéma
essaye – avec plus ou moins de réussite selon les années
– de se renouveler, et on a aussi beaucoup de jeunes auteurs
très intéressants. Il me semble au contraire que la
télévision, hormis quelques cas rarissimes, n’en
fait pas autant : les lois de l’Audimat ont une incidence grave
sur la vie culturelle de notre pays. Je pense néanmoins que
la télévision est un instrument remarquable et j’estime
que la notion de service public mérite tous nos efforts. J’espère
que la joie de présenter Nos Meilleures Années
au sein d’un festival aussi important et prestigieux poussera
la profession à se lancer dans de telles opérations.
Nos Meilleures Années aborde des thèmes comme
le terrorisme, l’anti psychiatrie, l’opération
« mains propres » ainsi que d’autres sujets que
le cinéma n’a jamais envisagé. Je partage totalement
le regard équilibré de Nos Meilleures Années
sur ces phénomènes qui ont caractérisé
notre histoire la plus récente. Et il y a dans ces films une
pietas, une compassion vis-à-vis des personnages, qui ressemble
à une bouffée d’air pur en ces temps de manichéisme
politique.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)
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|
| Roberto
Forza (chef opérateur) : biofilmograhie et entretien |
Roberto
Forza est né à Rio de Janeiro le 26
septembre 1957. Ses principaux titres sont les suivants : Fausto et
la Dame blanche (1993) de Alberto Sironi, Cronaca di un amore violato
(1994) de Giacomo Battiato, Va où ton cœur te porte (1995)
de Cristina Comencini, Silenzio si nasce (1995) de Giovanni Veronesi,
Esercizi di stile (1996) épisodes de Dino Risi, Mario Monicelli,
Luigi Magni, Sergio Citti, Il ciclone (1996) de Leonardo Pieraccioni,
La pieuvre 8 (1997) de Giacomo Battiato, La pieuvre 9 (1998) de Giacomo
Battiato, Più leggero non basta (1998) de Elisabetta Lodoli,
Matrimoni (1998) de Cristina Comencini, Libérez les poissons
(1999) de Cristina Comencini, Les cents pas (2000) de Marco Tullio
Giordana, Nati stanchi (2001) de Dominick Tambasco, Liberi (2002)
de Gianluca Maria Tavarelli.
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Entretien
avec Roberto Forza
Avec
Marco Tullio Giordana, j’avais déjà tourné
Les cents pas. Et il m’a demandé de participer
à l’aventure de Nos Meilleures Années.
Nous voulions faire du « cinéma pour la télévision »
comme nous l’avions vu en Italie jusqu’à la fin
des années 1970, un cinéma n’ayant rien à
voir avec ces fictions qu’on produit à la chaîne
aujourd’hui. Marco Tullio a tout d’abord pensé
tourner le film en 35 mm. Mais la technologie avance au pas de course
et, selon moi, le super 16 est la vraie alternative au 35
mm, contrairement au numérique dont tout le monde parle. J’ai
essayé de le convaincre que le super 16 offrait la garantie
d’une très grande qualité de précision
et de profondeur, et qu’il permettait en outre l’emploi
d’une caméra de petite dimension, d’un équipement
nettement plus léger. Après quelques bouts d’essai
dans des conditions extrêmes – scènes nocturnes
ou intérieurs éclairés – Marco Tullio (qui
est par ailleurs très compétent au niveau technique)
a opté pour cette solution.
Quand
je lis un scénario, je « vois » immédiatement
le film, la lumière du film. Mais je dois réfléchir
à la matérialisation de cette lumière :
objectifs, type d’émulsion sur la pellicule, moyens techniques,
éclairages. En lisant le script, je me suis rendu compte qu’il
racontait mon histoire ; les années où se situe le film
sont les miennes. Je me suis par exemple retrouvé en train
de tourner des scènes de manifestations et d’émeutes
à Turin auxquelles j’avais participé. Pour ne
pas parler des années du terrorisme qui ont conditionné
et frappé de plein fouet la vie de ceux qui avaient vingt ans
à l’époque. Je
tenais – surtout pour des jeunes qui n’ont pas vécu
cette période – à donner une idée précise
de ces années qui, dans ma tête, étaient comme
dépouillées, grises, décolorées.
Il y avait deux chaînes de télé en noir et blanc ;
les quotidiens ne présentaient pas d’images en couleur.
Il est peut-être difficile de faire digérer à
la télé un film aux connotations photographiques aussi
radicales puisque toutes les émissions débordent aujourd’hui
de couleurs.
Marco
Tullio aime utiliser les espaces ; les personnages sont toujours
envisagés en fonction du décor. Et les pièces
sont toujours pleines d’objets (qu’on ne filme jamais
frontalement mais selon des points de fuite ou de nombreux plans perspectifs).
Cela veut donc dire qu’il faut souvent éclairer trois
ou quatre espaces en même temps et qu’il faut éviter
tout obstacle au maniement de la caméra qui est presque toujours
en mouvement parce que le point de vue ne cesse de changer. Je suis
un autodidacte ; j’ai grandi dans les salles de cinéma.
À Turin, j’ai participé à la grande époque
des ciné-clubs et mes références sont les centaines
de films – pour ne pas dire les milliers – que j’ai
vus dans ma jeunesse. J’ai retrouvé chez Marco Tullio
le même background et on avait un code bien à
nous – je dirais aussi une manière de vivre le travail
en tant qu’« affaire et divertissement » comme l’affirmait
Howard Hawks ! – qui nous a beaucoup aidé à
collaborer. On utilisait souvent ces lointaines réminiscences
cinématographiques, même les plus difficiles et les plus
exclusives, pour se moquer l’un de l’autre... On est en
Norvège et Marco Tullio me dit : « Roberto,
ici je voudrais un truc très Conrad Hall, et ici quelque chose
de Gregg Toland ; là je préfèrerais du Nykvist » !
En Norvège, je voyais partout les fantômes de Bergman
et de Sven Nykvist : j’ai grandi avec leurs films !
Du reste, pour chaque décennie, pour chaque année évoquée
par Nos Meilleures Années (l’histoire se déroule
de 1966 à nos jours), on a eu tendance à traduire la
fascination exercée par un chef opérateur en particulier
qui avait su imposer à son époque une manière
que tous les autres imitaient : des éclairages crus des
années 70 et 80, jusqu’au style glamour des années
2000. Le film a été entièrement filmé
en décor naturel – qu’il s’agisse des intérieurs
ou des extérieurs – sauf quelques camera car
que Marco Tullio a préféré réaliser en
studio – « fais-moi un beau transparent à
la Robert Burks » ! – (Robert Burks fut le chef
opérateur de Vertigo d’Alfred Hitchcock, NDR) pour mieux
contrôler le jeu. Bien que l’équipe de Nos
Meilleures Années soit constituée d’une multitude
de personnes, nous avons toujours tenté de conserver la souplesse
et la liberté d’un petit groupe. Un épisode significatif
: toujours en Norvège, Nicola (Luigi Lo Cascio) se penche pour
contempler le panorama ; la caméra avance puis « enjambe »
l’acteur grâce à l’utilisation du dolly et
finit par embrasser l’ensemble du magnifique paysage. Sauf que
nous n’avions pas de dolly avec nous lors de ce déplacement ;
on ne pouvait se permettre qu’un petit travelling de trois mètres.
Marco Tullio a donc dit à Lo Cascio : « Quand je
te fais signe, tu te baisses doucement ». La caméra
glisse vers l’avant et se tourne vers Lo Cascio. Lorsque se
dissipe la référence au parapet et que Lo Cascio commence
à se baisser (au rythme du travelling !), on dirait qu’une
grue de 30 mètres prend le relais alors que la caméra
ne bouge pas du chariot.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)
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Elisabetta
Montaldo (créatrice de costumes) : biofilmographie
et entretien |
Elisabetta
Montaldo
a étudié au Liceo Artistico et à l’Accademia
Di Belle Arti de Rome. Elle a enseigné la peinture et présenté
ses œuvres à l’occasion de nombreuses expositions
; de 1983 à 1988, elle a été l’assistante
de la costumière Nanà Cecchi à l’opéra,
au théâtre et au cinéma. Elisabetta Montaldo a
débuté en 1988 en signant les costumes de Il delfino
azzurro (de G. Moser). Elle a continué avec Oggi ho vinto anch’io
(de L. Gasperini, 1988), Tempo de uccidere (1989) de Giuliano Montaldo,
Il magistrato (1989) de K. Mueier, Briganti (1990) de Marco Modugno,
Punto de fuga (1991) de Claudio Del Punta, Mario, Maria et Mario (1993)
de Ettore Scola, Pasolini, la mort d’un poète (1995)
de Marco Tullio Giordana, Con rabbia e con amore (1996) de Alfredo
Angeli, Braibanti, un caso senza precedenti (1996) de Franco Bernini,
Ardena (1997) de Luca Barbareschi, Il figlio de Bakunin (1998) de
Gian Franco Cabiddu, Michel Strogoff (1999) de Fabrizio Costa, Les
cent pas (2000) de Marco Tullio Giordana, Senza confini (2001) de
Fabrizio Costa. Au théâtre et à l’opéra,
elle a travaillé avec Prospero Richelmy, Giuliano Montaldo
(Turandot, La Bohème, Otello, Tosca, Rinaldo, Un ballo in maschera),
Egisto Macchi (Amatra), Gianni Quaranta (Tosca), Marco Tullio Giordana
(Morte di Galeazzo Ciano). En 2001, elle publié le livre Il
mestiere del costumista chez Dino Audino Editore.
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Entretien
avec Elisabetta Montaldo
Du
point de vue des costumes, Nos Meilleures Années a
été un film aussi épique qu’une campagne
militaire ! Tout d’abord à cause du grand nombre
de personnages : plus de deux mille acteurs et figurants avec des
scènes de foule (à Florence et à Turin) très
complexes. Et puis il y avait l’évolution continuelle
de la garde-robe : l’histoire se déroule en effet
sur quatre décennies qui virent d’importants bouleversements
socio-culturels impliquant des répercussions immédiates
au quotidien. Ces années révolutionnèrent également
une mode variant considérablement selon les groupes sociaux,
les aires géographiques, les générations. Si
l’Italie possédait un « costume »
national – l’élégance bourgeoise des élites
et, en contrepoint, l’habillement des paysans (les femmes étaient
encore vêtues de noir comme au XIXe siècle) –,
notre pays s’ouvrit aux influences d’Outre-Manche dans
les années 1960.
La mini-jupe fait alors son apparition et les gamines scandalisent
leurs petites bourgeoises de mères qui s’habillent encore
dans les grands magasins. Un relatif bien-être amène
des signes d’opulence dans les garde-robes italiennes :
au costume sombre du dimanche viennent s’ajouter quelques habits
plus gais et sportifs ; les chemises se colorent de bleu en attendant
de prendre les nuances de l’arc-en-ciel dans les années
1970 ; les dames osent raccourcir leurs jupes et les tissus,
qui se font plus moulants, manifestent un érotisme plein d’ingénuité...
Mais Nos Meilleures Années nous parle surtout des
enfants et des jeunes : les voici en blouse ou portant leur panoplie
pour la boom du samedi soir, autant de tenues qui imitent encore les
vêtements « sérieux » de leurs
parents mais avec quelques digressions (cols imposants, vestes cintrées,
premières pattes d’éléphant). Puis 1968
balaye toutes les conventions. Cette époque n’impose
pas seulement les jeans, les uniformes, les parkas et les blousons
achetés dans les dépôts militaires ; elle
dicte à chacun d’élaborer sa propre mode et d’imiter
ses idoles, qu’il s’agisse de stars du rock ou de gourous
promettant des horizons nouveaux. La mode multiplie les signes ;
les appartenances et les groupes se dessinent : avec vos cheveux longs
et votre chemise indienne, vous êtes sans doute sensible au
charme de l’Orient ; votre veste de camouflage signale
une adhésion ingénue à une quelconque révolution
tiers-mondiste ; en portant une jupe à fleurs, vous vous
sentez orgueilleuse et n’éprouvez plus le besoin de céder
à l’esclavage de la mise en plis et du brushing pour
dompter les boucles de votre chevelure. Mais ce n’est pas tout.
La meglio gioventù raconte également d’autres
mondes : le récit effleure les familles des jeunes, leur
ténacité, et parfois la dureté de la génération
qui a subi la guerre. Voici donc les camisoles de force, les bleus
de travail délavés des ouvriers qui ne vont pas au paradis
mais sont licenciés, le drap vert-de-gris de l’uniforme
des CRS qui « sent le rance et la caserne »
comme disait Pasolini. Et puis la Sicile éternelle –
paysanne et mafieuse par abandon ou lassitude –, les juges placés
sous escorte, les gens des villes qui marchent en regardant par terre.
Pendant ce temps-là les enfants grandissent : ils doivent désormais
porter une cravate et serrent une serviette bourrée de dossiers...
Ils accompagnent leurs propres gosses à l’école.
Les
variantes étaient infinies et il y avait de quoi se perdre
dans ce kaléidoscope de possibilités. Chaque matin,
je cherchais, en habillant ces deux mille personnes, à aider
mon metteur en scène qui racontait quatre décennies
fatidiques ; ces années où l’on a grandi,
où l’on est tombé amoureux, où l’on
s’est quitté, où on a recommencé à
aimer et ainsi de suite jusqu’à la fin. Il y avait le
problème des vieillissements successifs (un même personnage
pouvait être évoqué à trois ou quatre étapes
de son existence !) exténuants pour les maquilleurs qui les
réalisaient et pour les acteurs qui les subissaient. Même
si nous avions opté pour un maquillage léger permettant
aux figures de glisser doucement vers l’âge mûr,
tout cela exigeait de notre part une grande précision et beaucoup
d’énergie pour que le résultat semble « invisible »,
pour qu’on n’ait jamais l’impression de voir un
postiche. Alors un mot pour mes collaborateurs, Alessandra, Pamela,
Nadia ; un mot pour Enrico et Sara, Samankta et l’autre
Alessandra, ainsi que pour mes assistants. Un mot pour la façon
dont ils ont travaillé, pour leur amour, leur méticulosité
et leur bonne humeur.
Un mot, un seul. Merci.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)
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Franco
Ceraolo (décorateur) : biofilmographie et entretien |
Franco
Ceraolo a obtenu son diplôme de scénographie
à l’Accademia di Belle Arti de Rome et au Centro de Capacitatiòn
de Estudios Cinematogràficos de Mexico. Au théâtre,
il a réalisé les décors des spectacles suivants
: Le quattro stagioni (mise en scène de L. Versari), Cronache
marziane et La rivolta degli oggetti (mise en scène de G. Barberio
Corsetti). Pour Dante Ferretti, il s’est occupé de la
conception scénographique de La Traviata (1989, La Scala, mise
en scène de L. Cavani) et pour Franco Zeffirelli de celle de
Roméo et Juliette (1991, Taormine, mise en scène de
Franco Zeffirelli). En qualité d’ensemblier et d’assistant
aux décors, il a travaillé avec Luciano Ricceri, Dante
Ferretti, Ferdinando Scarfiotti : Le bal (de Ettore Scola), Le futur
est femme (de Marco Ferreri), Le nom de la rose de (de J. J. Annaud),
Ginger et Fred (de F. Fellini), Il segreto del Sahara (de A. Negrin),
Léviathan (de G. Pan Cosmatos), La voix de la lune (de F. Fellini),
Un thé au désert (de B. Bertolucci), Hamlet (de F. Zeffirelli),
Kundun (de M. Scorsese).
Il a signé les décors de : Un ragazzo come tanti (de
G. Minello), Cent jours à Palerme (de G. Ferrara), Grandi Magazzini
(de Castellano et Pipolo), Gran Casinò (de C. Vanzina), Via
Paradiso (de L. Odorisio), Capitan Cosmo et La corsa de l’innocenza
(de C. Carlei), Red Rain (de J. Kauffman), La Tenda nera (de L. Manuzzi),
La strada segreta (de C. Sestieri), Lui e lei (de L. Manuzzi), Sciusciu
(de J. Sargent), Les cent pas (de M. T. Giordana).
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Entretien
avec Franco Ceraolo
Je
dois avouer que j’ai été étonné
lorsque Marco Tullio Giordana m’a appelé pour Nos
Meilleures Années. Après le succès extraordinaire
des Cent pas, il me semblait bizarre qu’il veuille
réaliser quatre épisodes pour la télévision.
Mais après avoir lu d’un trait le magnifique scénario
(de plus de 600 pages !), je me suis rendu compte de ce qui pouvait
fasciner Marco Tullio et c’est avec joie que je me suis lancé
avec lui dans cette entreprise. Parcourir quarante ans d’histoire
en traversant les époques, les villes et différents
milieux sociaux représenta, dès le début, un
travail très prenant. De plus, bien que la série soit
destinée au petit écran, il fut tout de suite clair
que Marco Tullio entendait faire de vrais films, avec le soin et l’attention
que je lui connais. Un autre difficulté : la multiplication
des lieux. Je me rappelle qu’un jour, Angelo Barbagallo notre
producteur passionné, me convoqua dans son bureau pour m’exprimer
ses inquiétudes en ce qui concerne les risques et la responsabilité
(également économique) qui incombaient sur mon secteur.
Il avait fait le compte : 240 lieux différents se transformant
parfois au gré des époques, en Sicile, dans toute l’Italie,
et même en Norvège. Je lui ai dit en riant : « Merci.
Je n’avais pas compté pour ne pas me décourager ! »
Des
reconstitutions en studio auraient été trop coûteuses.
Travailler en décor réel, cela voulait dire voler du
temps au tournage du fait de déplacements incessants. Le problème
fut résolu quand nous avons trouvé l’immeuble
de via del Vantaggio. C’était un bâtiment de cinq
étages à deux pas de la piazza del Popolo, totalement
vide car les propriétaires devaient entamer sa rénovation.
La production loua donc les lieux durant la période qui nous
séparait encore des travaux. Le bâtiment se composait
de différents garages (où nous avons aménagé
la réserve et la menuiserie), d’appartements, de souterrains,
de terrasses, de buanderies, de cours etc... et pendant plus d’un
an, cet endroit est devenu notre vaste plateau, notre centre de production,
notre repaire. Grâce à ce lieu, il a été
possible de réaliser plus de 90 % des intérieurs en
transformant les espaces en fonction des besoins, un peu comme dans
un kaléidoscope. On y a donc aménagé l’appartement
des Carati, une « maison à coursive » turinoise
pleines d’immigrés venus du Sud, des prisons de haute
sécurité, des planques de terroristes, une maison délabrée
des quartiers pauvres de Palerme, la baraque de la jeune prostituée,
les souterrains des Offices inondés lors de la crue de 1966
(ce fut certainement le décor le plus difficile à réaliser
car il nous a fallu « creuser » dans les caves
une véritable piscine de 200 mètres carrés).
L’inondation
fut également un cauchemar pour la scène en extérieur :
Marco Tullio voulait un lieu immédiatement identifiable et
on avait donc opté pour le piazzale degli Uffizi, avec le Palazzo
Vecchio, le David de Michel-Ange et la piazza della Signoria en toile
de fond ! On ne voulait pas d’intervention numérique
au stade de la post-production, on voulait que tout soit comme à
l’époque. Le problème était de monter et
démonter les décors en un temps record, compte tenu
du fait que nous tournions dans un des lieux historiques et artistiques
les plus précieux au monde. Nous avons dû couvrir le
sol d’une toile de 1 000 mètres carrés pour
protéger le dallage, et on déversé vingt bennes
de sable et d’eau. Et puis tout ce qui avait été
charroyé par les eaux : troncs d’arbres, carcasses
de voitures, bibelots arrachés aux maisons. En y repensant,
je dois dire que la mairie de Florence et la Surintendance ont fait
preuve de beaucoup de courage ! C’était incroyable
de voir la tête des touristes et des curieux « mitraillant »
littéralement la scène. Une fois le décor terminé,
j’ai vu pleurer un couple de personnes âgées. Je
me suis approché et je les ai entendu évoquer ces jours
affreux. Ce fut pour moi une grande émotion et peut-être
le plus beau des compliments. Mais cela m’a aussi fait réfléchir
sur ce jour terrible de novembre 1966 qui avait définitivement
marqué leur existence…
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)
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| Roberto
Missiroli (monteur) : biofilmographie et entretien |
Roberto
Missiroli est
né à Ravenne le 22 août 1954. Ses principaux travaux
sont : L’albero della vita (1987) de Abdul Kadir Amed, Corsa
di primavera (1989) de Giacomo Campiotti, Dans la soirée (1990)
de Francesca Archibugi, Adelaide (1991) de Lucio Gaudino, La conchiglia
(1991) de Abdul Kadir Shaid Amed, Traditori del tempo (1991) de Gherardo
Fontana, La cerisaie (1992) d’Antonello Aglioti, Il grande cocomero
(1992) de Francesca Archibugi, Per non dimenticare (1992) de Massimo
Martelli, Barnabò delle montagne (1993) de Mario Brenta, Come
due coccodrilli (1994) de Giacomo Campiotti, Carogne (1995) d’Enrico
Caria, Fare un film per me è vivere (1995) d’Enrica Fico
Antonioni (backstage spécial du film Par delà les nuages
de Michelangelo Antonioni), Jack Frusciante è uscito dal gruppo
(1996) d’Enza Negroni, Vite blindate (1997) d’Alessandro
De Robilant, Il guerriero Camillo (1998) de Claudio Bigagli, La ballata
del lavavetri (1998) de Peter Del Monte, Muzungu (1998) de Massimo
Martelli, Il tempo dell’amore (1999) de G. Campiotti, Les cent
pas (2000) de Marco Tullio Giordana, La rentrée (2000) de Franco
Angeli, Pasolini ou la raison d’un rêve (2001) de Laura
Betti, Angela (2001) de Roberta Torre.
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Entretien
avec Roberto Missiroli
Comme pour
Les cents pas, Marco Tullio a voulu que je commence à
monter seul Nos Meilleures Années alors que nous étions
encore en plein tournage. La production avait loué au centre
de Rome un petit immeuble dont les nombreuses pièces étaient
utilisées pour le film. Dans les caves, on avait tourné
les scènes figurant les salles inondées du musée
des Offices ; le dernier étage abritait le petit appartement
de Matteo tandis que la maison de famille des Carati se trouvait au
troisième, le tout au milieu d’un va-et-vient de maçons,
de peintres, de machinistes et d’électriciens. Depuis
la fenêtre de notre salle de montage, aménagée
dans un coin du vaste plateau, nous avons vu défiler quatre
saisons – l’hiver transcendé par le printemps,
puis l’été, et enfin de nouveau l’hiver.
Une vie, comme la vie des nombreux personnages du film. De temps en
temps, je descendais pour jeter un coup d’œil au tournage ;
de temps en temps, Marco Tullio Giordana montait jeter un coup d’œil
au montage.
Le
montage, c’est le moment de vérité, l’étape
fatidique où l’on vérifie le bon « fonctionnement »
de l’ensemble du dispositif, de l’immense travail abattu
précédemment. De l’écriture du scénario
à la préparation du film, du choix des acteurs jusqu’au
bouclage. Le montage, c’est le moment où l’on vérifie
pour la première fois la fluidité du récit, de
la narration. Certes, le film était une entreprise colossale
mais on aurait dit qu’il se contrôlait tout seul :
le scénario avait une structure solide, le tournage se passait
dans la cohérence la plus absolue. Je retrouvais dans le matériel
les émotions éprouvées à la lecture du
script. Donc ?
Donc ce travail fut pour moi un long voyage à travers les émotions
et les sentiments des personnages du film. J’ai toujours pensé
que le montage « ne devait pas se voir », que
ce travail ne devait pas se doter d’une personnalité
propre ; le montage devait en revanche « faire voir »
le film. Et surtout dans ce cas puisqu’il s’agissait de
montrer les émotions, les pensées, les sentiments des
personnages, souvent intérieurs, parfois négatifs et
refoulés. Évaluer une pause, un silence, un regard...
Dans différentes scènes du film, le montage pouvait
adhérer à ce que l’on pense généralement
être sa spécificité : un rythme rapide, une
action démultipliée et syncopée. Je songe notamment
aux émeutes, au mariage, à l’inondation de Florence...
c’est un aspect de mon travail qui me passionne mais je ne me
laisse pas piéger par le côté « efficace
» de certaines scènes spectaculaires, par un changement
continu du point de vue. Il est plus « facile »
de faire des effets de manche. Ce qui m’intéresse le
plus, ce sont les moments où il faut dévoiler un état
d’âme, forcer l’émotion de deux êtres
qui se regardent, se dévisagent, se cherchent. On devait se
laisser prendre dans les rets de ces regards, nous attrister quand
ils étaient malheureux, nous réjouir lorsqu’ils
se remplissaient de joie. Il m’est arrivé de lire quelque
part une phrase qui disait à peu près : « La
force d’un film réside
dans les regards, les mots ne sont que la main gauche du récit ».
Voilà, monter Nos Meilleures Années, ça
a surtout été cela : des yeux qui nous compliquaient
la tâche. Comme quand Matteo est embarrassé par le regard
de Giorgia dans la scène du juke-box. Comme quand Giorgia,
troublée, part de chez elle et doit subir la douleur qu’elle
lit dans les yeux de Nicola. Il
y a une scène dont je me souviens encore précisément
parce que je suis resté le souffle court au moins l’espace
d’un après-midi. L’équipe était partie
tourner hors de Rome ; il n’y avait pas de bruit dans la
salle de montage, juste le ronronnement silencieux des disques durs
de l’ordinateur. Paolo Petrucci, mon inséparable compagnon
de voyage au cours de ce long travail, est lui aussi resté
longtemps en silence ce jour-là. Il s’agit d’une
séquence faite de quelques plans, de quelques cut, mais surtout
de longs silences et de regards perdus dans le vide. C’est la
scène où Matteo et Giorgia se retrouvent après
de longues années. Quelques plans fixes. En apparence, une
scène très simple à monter. Mais il nous fallait
creuser en nous ; il fallait qu’on se laisse entraîner,
qu’on cherche à saisir un frisson, une respiration soulevant
une poitrine, un léger battement de paupières qui, Dieu
sait pourquoi, sont émouvants dans un plan et ne le sont pas
dans un autre.
C’était
ça le voyage : un long travail consistant à faire
des choix que nous espérons être justes. Et nous espérons
avoir réussi à communiquer tout ce que nous avons eu
l’impression de vivre durant cette aventure.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)
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