Les acteurs

Luigi Lo Cascio (Nicola Carati) - Alessio Boni (Matteo Carati) - Adriana Asti (Adriana Carati) - Sonia Bergamasco (Giulia Monfalco) - Fabrizio Gifuni (Carlo Tommasi) - Maya Sansa (Mirella Utano) - Jasmine Trinca (Giorgia) - Valentina Carnelutti (Francesca Carati) - Andrea Tidona (Angelo Carati) - Claudio Gioè (Vitale Micavi) - Lidia Vitale (Giovanna Carati) - Paolo Bonanni (Luigino) - Giovanni Scifoni (Berto)
Luigi Lo Cascio (Nicola Carati) : biographie et entretien
Luigi Lo Cascio s’est diplômé en 1992 à l’Accademia Nazionale d’Arte Drammatica Silvio D’Amico de Rome, en présentant un travail sur Hamlet dirigé par Orazio Costa. Il a joué dans plusieurs pièces de théâtre, parmi lesquelles : Marguerite Gautier, mis en scène par G. Patroni Griffi, En attendant Godot, mis en scène par F. Tiezzi, Roméo et Juliette, mis en scène par G. Patroni Griffi, Ager Sanguinis, mis en scène par C. Quartucci, La sposa di Messina, mis en scène par E. De Capitani, La morte di Empedocle, mis en scène par R. Guicciardini, Gloria del Teatro Immaginario, mis en scène par A. Marinuzzi, La figlia dell’aria, mis en scène par R. Guicciardini, Il figlio di Pulcinella, mis en scène par R. Guicciardini, Hamlet et le Songe d’une nuit d’été, mis en scène par Carlo Cecchi.
Il débute au cinéma avec Les cent pas (pour lequel il obtient le David de Donatello, la Grolla d’or, le Sacher d’or et de nombreux autres prix), puis Luce dei miei occhi, de Giuseppe Piccioni, avec lequel il gagne la Coppa Volpi au festival de Venise 2001, et Il più bel giorno della mia vita de Cristina Comencini. En 2002, Nos Meilleures Années de M. T. Giordana, Vito, morte miracoli d’Alessandro Piva et il est actuellement en train de tourner Buongiorno, notte de Marco Bellocchio.

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Entretien avec Luigi Lo Cascio

Au début du film, le personnage de Nicola est un jeune étudiant en médecine qui n’a pas encore choisi sa spécialité. C’est un garçon plein de vie, aimant la compagnie, et profitant avec plaisir des joies d’une époque encore insouciante. Différentes expériences lui permettront d’orienter son choix vers ce qui deviendra son grand amour : la psychiatrie. En rencontrant Giorgia, il entre en contact avec les problèmes mentaux et découvre sa capacité à dialoguer avec la souffrance, la douleur ne l’effraie pas. Un voyage vers le cap Nord lui permettra de découvrir une culture « différente » de la sienne, profondément italienne et peut-être même un peu provinciale. Il se rend compte qu’il est important de fréquenter les différences. Il s’intéresse à l’anti psychiatrie, à l’existentialisme et à la phénoménologie, à Jaspers et Heidegger, à Sartre et Merleau-Ponty et à tout le discours qui accompagne la redécouverte du corps dans les années 1960-1970. En Italie, son maître (qui ne sera pas moins important que les autres) est Franco Basaglia. La pensée de Basaglia permet à Nicola d’étendre sa passion pour la médecine à l’homme dans sa totalité. L’anti psychiatrie a aussi un impact politique sur sa vie, dans la mesure où elle a une incidence sur le réel, sur les structures d’internement psychiatrique. Tant Nicola que Basaglia s’inspirent beaucoup du Carlo Levi de Si c’est un homme. L’étoile du berger de Nicola, sa boussole, c’est l’idée que chacun peut élargir l’espace dans lequel exercer sa liberté. Au fil des décennies, son attitude humaniste devra se plier à l’idée que cette liberté est souvent mieux garantie par un « non » que par un « oui », par la capacité à poser – avec tout l’amour nécessaire – des limites aux autres.

Par rapport au personnage des Cent pas – Peppino Impastato, un personnage qui a vraiment existé – pour Nos Meilleures Années, je n’avais aucun modèle de départ, Nicola étant un personnage imaginaire. Sa construction a été facilitée par ses relations avec les autres personnages qui interagissent dans son évolution (il y avait également la difficulté de m’imaginer devenant « vieux », de faire référence à un âge que je n’ai pas encore vécu). Durant la préparation du film, nous avons fait quelques lectures du texte pour en extraire les nœuds dramaturgiques essentiels et pour réfléchir sur le sens global de ces quarante années de la vie des personnages. Un travail d’analyse, puis de synthèse de toutes les possibilités qui s’offraient à nous en raison du souffle – six heures – représenté par la durée de la narration.
Je préfère travailler en me « détachant » des personnages. Plus la ressemblance est grande, plus il est difficile de maîtriser la forme. Mais je pense que Giordana a repéré des points de contact entre Nicola et moi, ne serait-ce que parce que j’ai fait des études de médecine à Palerme pendant plus de deux ans avant de décider de devenir comédien et de m’inscrire au Conservatoire de Rome. Et venant d’une famille de psychiatres, je voulais faire psychiatrie. Enfant, j’allais au cabinet de mon oncle pour regarder les matches de foot avec ses patients. Je jouais aux cartes avec eux dans les communautés thérapeutiques. Je m’amusais beaucoup, je réalisais à quel point il était important de rire avec ces gens.

Le fait que les autres acteurs de Nos Meilleures Années– Alessio Boni, Fabrizio Gifuni, Sonia Bergamasco, Claudio Gioè – soient des amis avec lesquels j’ai partagé tant de souvenirs, a été je crois une chose très importante pour nous. Cela nous a permis par exemple de « savoir » automatiquement comment les corps des uns et des autres se mettraient en relation dans l’espace. Nous pouvions ainsi nous concentrer sur les échanges qui affleuraient scène après scène, en partant du substrat émotionnel, de l’affectivité qui existait vraiment entre nous. Je pense en outre que nos racines théâtrales communes, le fait d’avoir si souvent travaillé ensemble, a un produit un « arsenal » d’images où Marco Tullio puisait à pleines mains, nous incitant à changer le texte, à le réinventer en le mettant en équation avec nos expériences. Un travail épuisant mais aussi très amusant. Il changeait parfois nos répliques au dernier moment, après les avoir « volées » à des conversations entendues la veille ; il était capable de changer nos répliques entre « moteur » et « action » !
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)

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Alessio Boni (Matteo Carati) : biographie et entretien

Alessio Boni étudie à l’Accademia Nazionale d’Arte Drammatica Silvio D’Amico et il se diplôme en interprétation avec Orazio Costa Giovangigli à Taormine avec une scène tirée de Hamlet de William Shakespeare. Il suit en outre le cours de perfectionnement tenu par Luca Ronconi et un cours de théâtre à Los Angeles. Parmi ses travaux au théâtre : le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, mise en scène de Peter Stein ; Peer Gynt, mise en scène de Luca Ronconi ; L’Avare de Molière, mise en scène de Giorgio Strehler. Son dernier travail au théâtre est La Fortune de David Auburn, mis en scène par Enrico Maria Laman. En 2001, il est l’interprète principal du feuilleton radiophonique Titanic sur Raidue, sous la direction de Tommaso Sherman.
À la télévision, il est le protagoniste de Incantesimo 3, mis en scène par Tommaso Sherman et Alessandro Cane. Il interprète également La donna del treno de Carlo Lizzani, L’altra donna de Anna Negri tandis que dans Maria figlia di suo figlio, il joue Jean Baptiste. Il a aussi participé à Un prete fra noi de Giorgio Capitani, Alla ricerca di Sherazade de Franco Giraldi, Mai con i quadri de Mario Caiano, Dracula de Roger Young, L’uomo del vento et Vite a perdere de Paolo Bianchini.
Alessio Boni a fait ses débuts au cinéma en qualité de protagoniste du film Diario di Matilde Manzoni, tiré du roman de Natalia Ginzburg et réalisé par Lino Capolicchio.

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Entretien avec Alessio Boni

Quand Luigi Lo Cascio, un ami du temps du conservatoire, a remporté le David de Donatello comme meilleur interprète pour Les cent pas, Fabrizio Gifuni et moi sommes allés le féliciter sur un grand bateau ancré sur les berges du Tibre ; c’est là que, pour la première fois, j’ai rencontré Marco Tullio Giordana. Par la suite, Marco m’a dit qu’il nous avait vu tous les trois si euphoriques, si exaltés par cette récompense « commune », qu’il a pensé que nous formerions un beau groupe dans Nos Meilleures Années. Il avait raison : Luigi et moi, on était vraiment des « frères » après des années d’école et de vie à crapahuter ensemble. Bon, je vous passe l’histoire des deux gars venus du fin fond de leur province qui montent à Rome pour devenir acteurs ! Marco Tullio a donc voulu me rencontrer ; on a longuement parlé des frères Carati et il m’a demandé de faire un bout d’essai. Marco n’a pas voulu que je lise tout le scénario et ne m’a donné que les deux premiers épisodes. Quand j’ai fait le bout d’essai, je n’avais aucune idée du destin de Matteo. J’ai donc tourné avec Jasmine Trinca la scène où les personnages se retrouvent longtemps après, à l’hôpital. C’était un long monologue, trois ou quatre pages de scénario dont je connaissais la moindre virgule. Au moment de commencer, Marco Tullio me dit : « Tu connais le rôle ? Parfait, alors tu oublies tout, tu inventes, tu improvises ! »

Après avoir été choisi, je me suis mis à lire tous les livres qu’aurait pu lire Matteo : Baudelaire, Rimbaud, Rilke, Mann, Conrad, Camus, Sartre, Ginsberg, Kerouac, la beat generation... les murs de chez moi étaient tapissés de photos de l’époque ; j’essayais de me familiariser avec ces images. Marco Tullio m’a dit : on sait que Matteo meurt, mais Matteo ne le sait pas. Ne me fais rien comprendre à l’avance... Alors je me suis mis à étudier chaque regard, chaque geste ou intonation et j’essayais immédiatement de les « cacher » comme quelqu’un qui tente de composer une image de soi à l’intention d’autrui, de masquer sa propre fragilité. Matteo voudrait aimer tout le monde, être compréhensif, mais il est au contraire âpre et intransigeant. Plus il aime une personne, plus il la met à l’épreuve. Il n’y a peut-être que Nicola qui sache comment le prendre. J’aime beaucoup les scènes où les deux frères se disputent ; tous ceux qui ont un frère ou une sœur savent que ça se passe comme ça.

Il y a chez Matteo une forte ambiguïté sexuelle ; il a un problème avec les femmes même si celles-ci l’attirent. Il tombe vaguement amoureux de Giorgia mais ne comprend pas sa muette déclaration d’amour devant le juke-box. Il tombe vaguement amoureux de Mirella mais ne parvient pas à partager sa générosité. Il y a chez lui – réprimée, refoulée – une forte composante homosexuelle. On le voit au début, quand déjà « grand garçon », il emmène son frère et des amis chez une pute. Ce sera elle qui, pour la première fois, nous dira combien Matteo est « bizarre ». Et les prostituées seront une constante dans son parcours ; elles remplaceront les femmes réelles qu’il ne sait ou ne veut affronter. À dix-huit ans, j’ai été deux ans dans la police, viale Zara à Milan, où j’ai fait mon service militaire. Comme Matteo, j’ai été CRS. On roulait en Jeep, on chargeait, on utilisait nos matraques ; je me rappelle encore la trouille qu’on avait. Je n’ai pas eu besoin d’entraînement pour le maniement du pistolet et je n’ai pas de doublure pour les scènes d’action. En tournant les émeutes de 1973 à Turin, je me suis rappelé de celles de 1985 auxquelles j’avais participé. Tout était si parfaitement reconstitué – les uniformes, les boucliers, les armes – que l’espace d’un instant, j’ai eu la gorge nouée par la peur, comme à l’époque. Bref, je devais jouer Matteo ! Un peu comme Lo Cascio : il a passé huit examens en fac de médecine et c’est donc lui qui devait interpréter Nicola !
À la dernière minute, Marco Tullio a eu l’idée de la scène où, dans la partie finale, Matteo réapparaît durant la promenade de Mirella avec Nicola. Quand il m’a dit vouloir tourner cette scène, je suis resté sans voix ; on est tous restés sans voix. Il y avait quelque chose de très tendre, de très serein dans cette réconciliation scellée par le baiser qu’ils devaient échanger. Ça m’a plu, j’ai aimé tourner cette scène.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)

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Adriana Asti (Adriana Carati) : biographie et entretien
Adriana Asti débute sa carrière de comédienne dans les années 1950. Elle a travaillé sur de nombreux films, parmi lesquels Città di notte de Leopoldo Trieste, Arrangiatevi de Mauro Bolognini, Rocco et ses frères de Luchino Visconti, Accattone de Pier Paolo Pasolini ; Désordre de Franco Brusati; Cronache del 22 de G. Guidi ; Prima della rivoluzione de Bernardo Bertolucci, Capriccio all’italiana de Pier Paolo Pasolini, Metti una sera a cena de G. Patroni Griffi, Duet for cannibals de S. Sontag, Homo Eroticus de M. Vicario, Addaveni’ quer giorno e quella sera de Giorgio Ferrara, Paolo il caldo de M. Vicario, Ludwig, le crépuscule des Dieux de Luchino Visconti, Amore e ginnastica de Luigi Filippo D’Amico, La schiava io ce l’ho e tu no de Giorgio Capitani, Una breve vacanza de Vittorio De Sica, Nipoti miei diletti de F. Rossetti, Le fantôme de la liberté de Luis Buñuel, Zorro de Duccio Tessari, La Faille de Peter Fleischmann, Conviene far bene l’amore de Pasquale Festa Campanile, Vertiges de Mauro Bolognini, Chi dice donna dice donna de Tonino Cervi, L’héritage de Mauro Bolognini, Caligula de Tinto Brass, Un cuore semplice de Giorgio Ferrara, Mémoire diabolique de Mauro Bolognini, Action de Tinto Brass, Il prete bello de Carlo Mazzacurati, Casa Ricordi de Mauro Bolognini, Pasolini, mort d’un poète de Marco Tullio Giordana, La septième demeure de M. Meszaros, Les allumettes suédoises de J. Ertaud, Avvocati de Giorgio Ferrara, Mange ta soupe de M. Amalric, Una vita non violenta de Davide Emmer, Come si fa un Martini de Kiko Stella, Il buma de G. Massa, Bimba de Sabina Guzzanti.
Elle a commencé sa carrière théâtrale dans la Compagnia del Carrozzone de Fantasio Piccoli. Au Piccolo Teatro de Milan, elle a participé à quelques spectacles mis en scène par Giorgio Strehler : Arlequin, serviteur de deux maîtres de Goldoni ; La Reine Elisabeth de Bruckner ; Le Revizor de Gogol ; Lulu de Bertolazzi ; Un cas intéressant de Buzzati. Par la suite, elle a joué dans de nombreuses pièces, parmi lesquelles : Les sorcières de Salem de Miller, Aux sources du fleuve de Wolfe, L’inserzione de Ginzburg, Old Times d’Harold Pinter, toutes mises en scène par Luchino Visconti ; Six personnages en quête d’auteur de Pirandello mis en scène par Vittorio Gassman ; Vêtir ceux qui sont nus de Pirandello ; La Locandiera de Goldoni, tous mis en scène par Patroni Griffi ; Le Roland Furieux de l’Arioste et Sainte Jeanne de Shaw, mis en scène par Ronconi ; Ashes to ashes de Pinter, mis en scène par l’auteur.
En 1996, elle a écrit sa première pièce, Caro professore qu’elle a interprétée avec Cochi Ponzoni, sous la direction de Massimo Navone. En 1998, au Festival di Bénévent, elle crée sa deuxième pièce, Alcool, dirigée et interprétée par l’auteur, avec Franca Valeri.

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Entretien avec Adriana Asti

J’avais travaillé avec Marco Tullio pour Pasolini, mort d’un poète, où j’interprétais une maîtresse d’école qui lisait aux élèves d’une maison de correction une longue poésie de Pier Paolo. Il m’a dit qu’il tenait beaucoup à ce que j’interprète le rôle d’Adriana dans Nos Meilleures Années et cela m’a fait très plaisir, le scénario m’ayant beaucoup plu. Puis il a changé en cours de route ce beau scénario, créant énormément de choses pour mon personnage au dernier moment, modifiant quelques traits. Par exemple : elle est devenue moins sévère, moins tout d’un pièce, parfois même un peu fofolle. Au cinéma, on tourne de manière fragmentée, un acteur doit donc un peu rêver son personnage, il ne parvient pas à le construire suivant la séquence logique, comme cela advient au théâtre.

Le rapport avec les jeunes comédiens a été fantastique. Lo Cascio est un acteur que j’admire beaucoup. Sur le plateau, on posait un tas de questions. Adriana est une maman gaie – du moins il me semble que c’est ainsi qu’elle apparaît. Elle a une très belle relation avec son mari, même s’ils n’arrêtent pas de se disputer ce qui tient aux mondes très différents qu’ils représentent. Je suis du Nord et il est du Sud, un antagonisme plutôt fréquent en Italie.

Nous avons tourné les scènes de mon personnage presque dans l’ordre chronologique, d’abord les séquences de Rome, où je suis plus jeune, puis celles de Turin et enfin Stromboli. Je crois que Nos Meilleures Années correspond bien à la réalité italienne la plus profonde, celle que l’on ne raconte jamais. À la fin, Adriana trouve le bonheur avec ce petit-fils qui lui tombe pratiquement du ciel et elle commence presque une nouvelle vie.

L’histoire me semble très réaliste et dans le même temps, très poétique. Parce que Marco Tullio est tellement poétique... Il est très méticuleux, et il sait bien ce qu’il veut, mais il parvient aussi à trouver le juste équilibre entre les exigences du récit et les sentiments qui doivent l’habiter. Il était toujours curieux de voir comment nous ferions la scène, il nous poussait à improviser, puis il arrivait et il remettait de l’ordre dans tout ça. Luchino Visconti avait l’habitude de jouer lui-même les rôles et c’était un acteur extraordinaire, le meilleur d’entre nous ! Après, il fallait faire exactement comme lui. Marco Tullio, en revanche, nous montre les choses sans en avoir l’air.

Le travail de maquillage a été très laborieux, mais pas dans le sens des déguisements à la Rambaldi, évidemment. Le maquillage, ainsi que les costumes, les décors de l’époque, étaient très soignés. Cela a beaucoup aidé dans la mesure où chaque personnage devait subir de grands changements tant extérieurs qu’intérieurs.

Pour la télévision, j’avais déjà travaillé en Italie et en France ; par exemple, j’ai joué dans le feuilleton Les allumettes suédoises, tiré du roman de Sabatier. Il est important que Nos Meilleures Années aille au festival de Cannes et qu’il connaisse une vie cinématographique avant de passer à la télévision.

Adriana et son mari sont des parents extraordinaires, un cas d’intelligence exemplaire. Bien que Matteo soit si énigmatique, si violent vis-à-vis de lui-même, il existe un lien très fort entre sa mère et lui. Sans aucun doute. La meglio gioventù présente des assonances avec Rocco et ses frères, où j’avais joué un petit rôle.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)

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Sonia Bergamasco (Giulia Monfalco) : biographie et entretien
Sonia Bergamasco, née à Milan, obtient son diplôme de piano au conservatoire Giuseppe Verdi en 1987 et son diplôme d’art dramatique à l’école du Piccolo Teatro dirigée par Giorgio Strehler. Elle débute en 1990 dans Arlequin serviteur de deux maîtres de Strehler. Par la suite, elle travaille avec Massimo Castri (La dispute, Le jeu de l’amour et du hasard, Hécube, La trilogie de la villégiature), Glauco Mauri (Richard II), Theodoros Terzopoulos (Antigone), Giancarlo Cobelli (Macbeth) et dans le Pinocchio de Carmelo Bene. Elle interprète et met en scène Giorni in bianco, un monologue tiré du récit La trentième année d’Ingeborg Bachmann.
Elle débute au cinéma en 1994 avec le court-métrage D’estate de Silvio Soldini ; par la suite, elle travaille avec Andrea Porporati (Quello che posso permettermi), Paolo Rosa (Il mnemonista) et Franco Giraldi (Voci). Elle interprète le rôle principal dans le film L’amore probabilmente di Giuseppe Bertolucci et dans Amorfù, dirigé par Emanuela Piovano. Elle a reçu le prix de meilleure comédienne au 54ème Festival International du Cinéma de Salerne (2001) et au Festival du Cinéma Indépendant de Bellaria (2002).
Pour ce qui est du domaine musical, elle interprète un vaste répertoire original pour voix (récitante-chantante). Du mélologue romantique de concert au répertoire pour ensemble et orchestre du XXe siècle ou contemporain. En 1999, elle enregistre le Pierrot lunaire d’A. Schoenberg, dirigé par M. Ceccanti (éd. Arts).
Elle a publié quelques poésies sur la revue Poesia de Nicola Crocetti (février 1996) et a remporté le Prix National de Poésie Marianna Florenzi présidé par Cesare Garboli (1997).

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Entretien avec Sonia Bergamasco

Marco Tullio Giordana me connaissait à travers les pièces de théâtre et les films que j’avais interprétés, il était aussi au courant de mon activité de pianiste et de chanteuse, que je continue d’exercer en même temps que mon métier d’actrice. Le personnage de Giulia a été réécrit en ce sens : elle est devenue une jeune fille, qui, après avoir étudié et aimé la musique, décide avec une certaine dose de masochisme de tout abandonner. Cela m’a permis d’appréhender son parcours de manière beaucoup plus profonde. Le personnage de Giulia est difficile à faire accepter en raison de ses aspects négatifs, violents : une jeune femme qui décide de quitter son cercle familial, son compagnon et surtout sa petite fille pour poursuivre ses idéaux politiques et participer, sans jouer toutefois un rôle de premier plan, à la lutte armée. Un personnage dur, âpre. Marco Tullio voulait que Giulia soit poussée par une vraie passion, même si par la suite elle la reniera.

Il s’agit du reste d’une constante de tous les personnages de Nos Meilleures Années : une passion qui les guide, qui les réchauffe. Certains d’entre eux parviennent à la vivre jusqu’au bout, à s’ouvrir au monde ; d’autres se font emporter par elle. Lorsque j’ai lu le scénario, j’ai fortement souhaité interpréter ce rôle. Giulia n’apparaît pas autant que les autres personnages du film, mais elle a beaucoup de « grandes scènes ». Comme j’avais bien cerné l’ardeur du personnage, il ne m’a pas été difficile de passer de cinquante à vingt ans en moins d’une semaine. Cela faisait partie d’un parcours qui avait été très bien tracé. Marco Tullio a fait entièrement confiance aux comédiens en leur permettant même de proposer une réécriture minimum du texte, surtout pour ce qui concerne les scènes « trop écrites », inévitables lorsque le texte est aussi soigné, mais qu’un comédien doit parfois être en mesure de communiquer à l’aide d’un simple regard.

Giulia suit la même parabole tragique que Matteo. Pour Matteo, il y a un niveau d’identification différent : on participe à ses difficultés jusqu’au moment où il décide d’en finir. Giulia, par contre, s’auto-élimine, elle devient muette, avec une difficulté de communication qui peut parfois la rendre odieuse. J’ai essayé de rendre tangible sa souffrance. Je me suis documentée sur Giulia en consultant beaucoup de matériel sur ces trente dernières années. C’est une époque qui nous appartient, même si nous n’avons pas fait partie de cette génération. J’ai lu le livre autobiographique écrit par l’ancien membre des brigades rouges Adriana Faranda, qui a certainement servi de modèle aux scénaristes Rulli et Petraglia. Elle aussi a abandonné sa fille, mais elle a voulu préserver au fil des années une relation avec elle, au risque de se faire prendre. Par la suite, elle est sortie de prison et maintenant, elle est photographe. Je me suis un peu inspirée de ce qu’elle est, avec ses zones d’ombre et de lumière, mais avec beaucoup de liberté, dans la mesure où ce qui comptait c’était surtout l’histoire d’une famille, le cadre général et les rapports affectifs (ou les rapports de force !) qui évoluaient.

La qualité que j’apprécie chez Marco Tullio, c’est sa précision extrême qui ne l’empêche pas d’être toujours très ouvert aux suggestions des comédiens et des techniciens. Il a un regard presque mathématique, ce qui est très rassurant et facilite beaucoup la tâche. Marco Tullio tenait à ce qu’on comprenne bien que Giulia n’avait jamais tué personne, sans quoi il aurait été difficile d’avoir de la compassion pour elle. C’était une chose importante pour mon personnage et importante pour moi. Je trouve cela très fort que la loi ait pardonné à Giulia et l’ait libérée ; que ce soit elle qui ne parvienne pas à se pardonner ce qu’elle a fait.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)

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Fabrizio Gifuni (Carlo Tommasi) : biographie et entretien
Fabrizio Gifuni s’est diplômé en 1992 à l’Accademia Nazionale d’Arte Drammatica Silvio D’Amico. Il a débuté au théâtre en 1993, en interprétant le rôle d’Oreste dans Électre d’Euripide, avec la mise en scène de Massimo Castri. Au fil des années, Castri l’a dirigé dans trois mises en scènes de la Trilogie de la Villégiature de Goldoni. En 1994, au Théâtre romain de Vérone, il joue le rôle de Malcolm dans Macbeth de Shakespeare (mise en scène de Giancarlo Sepe). En 1995, il entre dans la compagnie grecque dirigée par Theodoros Terzopoulos – avec laquelle il collabore encore aujourd’hui – en interprétant le rôle de Créon dans Antigone de Sophocle au Théâtre grec d’Épidaure (1995) avant de partir en tournée en Chine, au Japon et en Corée (1997).
Il débute au cinéma en 1996 dans le film La bruttina stagionata de Anna Di Francisca. Parmi ses films, citons : Vite in sospeso de Marco Turco, Mon frère (Così ridevano) de Gianni Amelio (Lion d’or au Festival de Venise-1998), Un amore et Qui non è il paradiso de Gianluca Tavarelli, Il partigiano Johnny de Guido Chiesa, Hannibal de Ridley Scott, L’amour probablement de Giuseppe Bertolucci, Sole negli occhi d’Andrea Porporati et L’inverno de Nina Di Majo. En 2002 il reçoit le prix de la révélation du cinéma européen au Festival de Berlin (Prix Shooting Star) et le Globe d’Or de la presse étrangère pour les films L’amour probablement, Sole negli occhi et L’inverno.

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Entretien avec Fabrizio Gifuni

Avant d’être choisi par Marco Tullio Giordana pour le rôle de Carlo, j’avais interprété, au cours de cette même année, des personnages très différents : du parricide de Il sole negli occhi d’Andrea Porporati, à l’écrivain en proie à une forte dépression de L’inverno de Nina Di Majo. Le personnage de Carlo constituait donc une sorte de retour vers la lumière. Bourgeois, au meilleur sens du terme, Carlo est un homme très solide, concret, mais dans le même temps généreux, ouvert, avec un grand sens de la famille et de l’amitié, qui est parfaitement illustré par ses relations avec les autres. En cela, le rapport d’amitié et de collaboration artistique préexistant avec certains comédiens du film (Luigi Lo Cascio, Alessio Boni, Sonia Bergamasco) a constitué pour moi un élément très précieux.

Carlo devient quasiment pour les parents de Nicola et Matteo un « troisième fils » de la famille ; il finira même par en faire totalement partie en épousant la plus jeune des filles Carati. Brillant étudiant en économie, il choisit de parfaire sa formation en Angleterre et deviendra à son retour un économiste éclairé de la Banque d’Italie.

Tout comme les autres comédiens du film, je me suis interrogé sur la manière de rendre le passage du temps, presque quarante ans de vie. Avant de commencer ce travail, outre les lectures et le matériel de documentation, il m’a été très utile de revoir La notte della Repubblica, la longue série réalisée par le journaliste Sergio Zavoli, un grand exemple de télévision et d’enquête historique, qui replaçait le phénomène du terrorisme dans un contexte plus vaste, comme le fait Nos Meilleures Années. Dans Un amore, de Gianluca Tavarelli, j’avais déjà interprété, à travers douze moments de la vie d’un couple allant de l’université jusqu’à leurs quarante ans, une tranche de vie importante. Dans Nos Meilleures Années, le parcours de Carlo a été plus long et complexe. Comment raconter notre passage de la jeunesse à l’âge adulte, ce que l’on perd, ce que l’on apprend, ce que l’on conserve ?

Travailler sur ces thèmes avec les moyens artisanaux des comédiens est très fascinant. Comme quand on revoit de vieilles photos de famille et que l’on perçoit ce qui a changé dans le corps, dans le regard. J’ai aussi cherché à me documenter sur les changements économiques et industriels de ces trente dernières années pour mieux comprendre comment Carlo aurait pu réagir. Dans Nos Meilleures Années, ces grands événements ne font que passer, ils ne sont jamais expliqués de manière démonstrative. L’Histoire entre dans la vie privée des gens avec beaucoup de délicatesse. L’une des plus belles choses du film, c’est la manière dont on raconte l’amitié entre des personnes appartenant à des classes sociales très différentes. À son mariage, Carlo ne veut pas raconter de mensonges à son ami ouvrier chez Fiat, que l’entreprise a mis au chômage technique, mais dans le même temps, il souffre parce qu’il sait très bien que son ami sera l’une des victimes de la restructuration du système industriel. Lorsqu’il devient la cible des terroristes, Carlo ne veut pas contraindre sa famille à s’exiler et il décide de rester en Italie malgré les risques que cela comporte.

Cela n’a pas été facile d’interpréter un personnage qui a autant confiance dans son travail et dans son pays quand on connaît l’actualité de l’Italie. Une actualité très dramatique et qui est vécue par bon nombre d’entre nous avec une profonde angoisse.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)

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Maya Sansa (Mirella Utano) : biographie et entretien
Maya Sansa commence à étudier en 1989, tout d’abord en Italie avec Alessandro Fabrizi et le Teatro dei Cocci, puis à Londres au Covent Garden et à la Guidhall School of Music and Drama.
Elle fait ses débuts au cinéma en 1998 et obtient un premier rôle dans La nourrice de Marco Bellocchio. En 1999, Maya est la protagoniste du film Terra de nessuno de Gianfranco Giagni. En 2001, elle travaille dans Benzina de Monica Stambrini. Maya Sensa tourne actuellement avec Marco Bellocchio Buongiorno, notte.
À la télévision, elle est l’héroïne de Lupo mannaro réalisé par Antonio Tibaldi. Maya Sansa a reçu différents prix dont : Rivelazione dell’anno – Golden Globe Award, Italie 1999 ; Rivelazione dell’anno Grolla D’oro – Saint-Vincent 1999 ; Italian Shooting Star – 50th Berlin Film Festival 2000.

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Entretien avec Maya Sansa

Marco Tullio Giordana avait vu mes films et, plus qu’un bout d’essai, j’ai eu avec lui un entretien au terme duquel il m’a tout de suite annoncé que j’étais de l’aventure. Cette préparation a été pour moi plus simple que pour les autres comédiens. Mirella n’est pas particulièrement concernée par la politique ou par la famille. C’est une pièce rapportée et je n’ai guère travaillé avec les autres acteurs ni rencontré le reste de la famille Carati, car je n’en fais pas partie et n’entre en relation avec elle que vers la fin du récit. Lorsque Mirella rencontre Matteo en 1977, elle a 18 ans ; Matteo et son frère en ont déjà 30. Je viens de Sicile, je fais encore des études et je suis passionnée de photo mais je n’ai pas encore très bien compris ce que photographier veut dire. Matteo m’aide sans le savoir à trouver ma voie ; il me donne des conseils, ce qui explique peut-être que je tombe amoureuse de lui. Puis je m’installe à Rome et je commence à travailler dans une bibliothèque.

Ce film a été une expérience magnifiquement légère et je n’ai pas eu à subir les affres d’une concentration angoissante. Sur le plateau, l’ambiance était joyeuse, détendue, même si on a beaucoup bossé. Une belle expérience également due à une atmosphère affectueuse. Pour ce qui est du vieillissement de Mirella, j’ai observé certains amis de ma mère qui ont entre 45 et 48 ans. Mais je n’arrivais pas à discerner le moindre vieillissement en ce qui concerne la manière de faire, l’énergie vitale. On a donc travaillé tout en nuances à l’aide d’un maquillage très subtil. J’ai donc pensé à une plus grande lenteur non pas à cause de la fatigue mais seulement parce qu’à un âge plus avancé, on n’a plus l’énergie explosive de nos dix-huit ans, quand on fait et on dit trop de trucs. La douceur de Mirella, sa sensualité se transforment au fil du temps en une attitude plus maternelle.

En tant qu’acteur, j’ai découvert Alessio Boni petit à petit et je crois que nous avons été aidés en cela par la dynamique de nos personnages. Nous nous sommes rencontrés aux répétitions et il s’est instauré entre nous une forte complicité. Marco Tullio permet aux acteurs d’improviser : on est poussé à agir et à réagir aux situations en fonction d’une situation réelle, pas d’une abstraction. Par exemple, notre première rencontre – lors de la promenade au Colisée – est presque entièrement improvisée. Je crois que les scénaristes Rulli et Petraglia écrivent certaines répliques et articulent minutieusement leur texte de manière à donner aux acteurs le maximum d’informations possibles. Ils confectionnent une sorte de canevas et ne s’insurgent pas si on change quelque chose tout en respectant – bien sûr – la structure portante.

J’aime Mirella parce qu’elle est enthousiaste mais ne s’emballe pas ; elle se laisse guider par le flux de la vie même si elle n’est nullement passive. Mirella est une femme à l’ancienne. Il est beau, dans ce contexte figurant quarante ans d’histoire sociale et politique italienne, qu’un personnage comme celui-ci ne soit pas opprimé par la politique. Peut-être parce que la photographie ne cherche pas à changer les événements mais tente juste d’apporter un témoignage honnête et rigoureux... Il en va de même pour Matteo et Nicola : Mirella ne veut pas les changer ; elle les accepte tels qu’ils sont et n’ignore pas sa force. Même lorsque Matteo la déçoit ou quand elle se sent trahie, Mirella ne joue jamais les victimes revendicatrices. Une attitude positive et pure envers la vie.
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)

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Jasmine Trinca (Giorgia) : biographie et entretien
Jasmine Trinca a interprété le rôle d’Irene dans La chambre du fils de Nanni Moretti (Palme d’Or au Festival de Cannes 2001) pour lequel elle a remporté le Globe d’Or comme meilleur espoir féminin.

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Entretien avec Jasmine Trinca

Giorgia est un personnage problématique, qui parle peu. Quand on ne peut pas dire trop de choses, cela pousse l’acteur à s’exprimer à travers un autre langage, à chercher des signes différents. Et c’est peut-être encore plus difficile : il n’y a rien de plus dangereux que de jouer « les folles », on risque d’être excessif, pas crédible, voire caricatural. Quant à moi, il n’y a pas eu de préparation particulière, je ne me suis pas soumise à un régime de cassettes vidéo sur les malades mentaux. Marco Tullio ne voulait même pas que sa « folie » soit évidente, il me demandait au contraire de la faire paraître aussi normale que possible. J’ai essayé d’interpréter de manière non conventionnelle ce type de malaise. Je ne suis pas une comédienne professionnelle, je n’ai aucune formation et je ne pense pas avoir encore acquis une « technique ». Il ne serait pas juste de dire que je joue de manière instinctive, dans la mesure où il y a toujours un raisonnement derrière, mais tout se passe de manière presque « sauvage », animale. Une matière informe qui doit trouver son équilibre. Marco Tullio m’a demandé de l’aider pour les bouts d’essai : je donnais la réplique aux garçons qu’il voyait pour interpréter Matteo. Je crois que ces bouts d’essai ont été utiles pour tous les deux, ils nous ont permis d’explorer plusieurs voies et surtout d’exclure ce qui n’était pas convaincant.

Peut-être est-ce à moi qu’il faisait tourner des bouts d’essai plus encore qu’à Matteo ? Je cherchais la manière dont Giorgia devait bouger, une façon un peu obsessionnelle de répéter certaines phrases, une absence, un détachement... De ce qui sortait de moi (et je n’ai pas envie de dire où j’allais le chercher), Marco Tullio prenait ce qui lui servait, on fixait ensemble des points de repère. Nous n’en avons jamais parlé, mais je crois que Giorgia lui rappelait quelqu’un...

Au début, il a été difficile de m’approcher du personnage. Puis, j’ai acquis une certaine confiance, il a cessé de me faire peur. Mais il n’y a pas eu d’identification, cela est toujours resté une fiction – je sépare bien les deux sphères, Giorgia ne me ressemble absolument pas. Passer d’un jour à l’autre (voire parfois dans la même journée) à des époques aussi différentes n’a pas été facile. J’ai essayé de garder tout le temps à l’esprit les changements liés aux évolutions de l’époque et de la psychiatrie. Mais je n’ai pas trop voulu souligner le cheminement parallèle de Giorgia par rapport à la psychiatrie. C’est un personnage imperméable au temps qui s’écoule, ce qui constitue un choix courageux de la part du metteur en scène : comme si, pour Giorgia, le temps ne passait pas à la même vitesse, comme s’il était plus lent, dilaté, hypnotique, ce qui préserve d’une certaine manière sa jeunesse. D’autre part, Giorgia est restée enfermée pendant très longtemps à l’hôpital, sa perception de la réalité est totalement altérée.

Entre La chambre du fils de Nanni Moretti et Nos Meilleures Années, je n’ai pas tourné d’autres films. Avant de faire le film de Moretti j’étais encore au lycée. Je me suis inscrite d’abord en fac de lettres classiques, et maintenant je suis en lettres modernes : de l’archéologie à l’histoire de l’art. Je n’ai jamais eu l’intention de faire du cinéma : il m’est arrivé de faire La chambre du fils, cette expérience a été belle et positive, essentiellement grâce à Nanni Moretti et Angelo Barbagallo, c’est eux qui ont cru en moi. Je n’exclus pas de tourner d’autres films, j’ai aimé faire La meglio gioventù, je ne sais pas, cela dépend de beaucoup de choses...
(Propos recueillis par Lorenzo Codelli)

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Valentina Carnelutti (Francesca Carati)
Pour le cinéma, elle a joué dans L’amore imperfetto de Giovanni Maderna, Hannibal de Ridley Scott, E Allora Mambo de Lucio Pellegrini, Il mio West de Giovanni Veronesi, Mi sei entrata nel cuore come un colpo di coltello de Cecilia Calvi, La Manzana que no era de la Discordia de Belen Lemaitre, L’officina dei miracoli de Vincenzo Attingenti, Artemisia d’Agnès Merlet, Nella mischia de Gianni Zanasi.
Pour la télévision, elle a travaillé dans de nombreux téléfilms parmi lesquels La squadra, Un posto al sole, Una donna per amico d’Alberto Manni, Don Luca de Marco Marcaferri, Non lasciamoci più de Vittorio Sindoni, I ragazzi del muretto de Gianluigi Calderone.
Elle a joué dans de nombreuses pièces de théâtre parmi lesquelles Lunga notte di Medea di Corrado Alvaro mis en scène par Geppi Gleijeses, The Story of a Soldier d’Igor Stravinski mis en scène par Peter Sellars, La Maladie de la Mort de Marguerite Duras mis en scène par Francesco Carnelutti, Paese di Mare de Natalia Ginzburg mis en scène par Gianfranco Calligarich, Mademoiselle Julie d’August Strindberg mis en scène par Gianni Leonetti, La Confessione mis en scène par Walter Manfrè.
Pour la radio : Futbol mis en scène par Guido Piccoli, Radio City Caffè de Paolo Modugno, Eros per tre de Gianfranco Giagni, Un naso in salita et Aldo Moro de Massimo Guglielmi.

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Andrea Tidona (Angelo Carati)
Diplômé à l’Accademia dei Filodrammatici de Milan, il a participé aux spectacles : Tre quarti di luna mis en scène par E. D’Amato, Le roi Lear mis en scène par G. Strehler, L’école des femmes mis en scène par E. D’Amato, El nost Milan mis en scène par Strehler, La vie est un songe mis en scène par E. D’Amato, La Lupa mis en scène par L. Puggelli, Œdipo mis en scène par G. Mauri, Filottete-Philoctet mis en scène par G. Mauri, Le roi Lear mis en scène par G. Mauri, La nuit des rois mis en scène par M. Sciaccaluga, Provaci ancora, Sam mis en scène par A. Salines, Hamlet mis en scène par C. Cecchi, L’importance d’être Aimé mis en scène par E. Fenoglio, Bagno finale mis en scène par C. Cassola, La professione della signora Warren mis en scène par E. Fenoglio, Sole mis en scène par W. Manfrè, La confessione mis en scène par W. Manfrè, La Tempête mis en scène par G. Mauri, Ammesso e non concesso mis en scène par C. Cassola, L’ultima notte di Giordano Bruno mis en scène par R. Sicco et L. Spadaro, Le commissaire Maigret mis en scène par S. Scandurra.
Pour la télévision, il a joué dans Adua réalisé par D. Guardamagna, Una casa a Roma réalisé par B. Cortini, Un bambino in fuga réalisé par M. Caiano, Una donna d’oggi réalisé par F. Giraldi, La pieuvre 9 réalisé par G. Battiato, Amico mio 2 réalisé par P. Poeti, Il colore della vittoria réalisé par V. De Sisti, Più leggero non basta réalisé par E. Lodoli, Le ali della giovinezza réalisé par S. Reali, Padre Pio réalisé par C. Carlei.
Pour le cinéma : L’amico di Wang de K. Hebert, La vie est belle de R. Benigni, Quinta generazione de T. Spalla, Film de Lucia Belli, Les cent pas de Marco Tullio Giordana.

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Claudio Gioè (Vitale Micavi)
Diplômé à l’Accademia Nazionale d’Arte Drammatica Silvio D’Amico, il a suivi les ateliers de Marise Flesh, Nikos Karalambus, Luca Ronconi. Il a mis en scène et interprété les spectacles suivants : Iphigénie, Edipo e contro-Edipo, Historia von Doctor Iohannes Faustus (avec S. Piro). Il a participé aux spectacles : Il gioco delle (mis en scène par Gabriele Lavia), Nobelissimo (mise en scène de Mario Ferrero), Sogno di un mattino di primavera (mise en scène de F. Covatta), Per gioco e per amore (mise en scène de Pino Passalacqua), Il burbero di buon cuore (mise en scène de M. Manna, Prix du meilleur premier rôle masculin), Amore senza amore (mise en scène de Mario Ferrero), Marat-Sade (mise en scène de Pino Passalacqua).
Il a joué dans le court-métrage Qui et dans The Protagonists, tous deux réalisés par Luca Guadagnino ; Les cent pas de Marco Tullio Giordana ; State zitti per favore de Livia Giampalmo ; Quando si chiudono gli occhi de Beniamino Catena ; Passato prossimo de Maria Sole Tognazzi.
Il a également participé aux téléfilms Operazione Odissea (réalisé par C. Fragasso), Bradipo ; Francesco de Michele Soavi.

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Lidia Vitale (Giovanna Carati)
Au théâtre, elle joue dans de nombreuses pièces parmi lesquelles Time, American allegories, Social madness, A particolar class of women mis en scène par Gaby Ford, L’ascensore mis en scène par Evelise Ghione, Cinque giorni molto caldi mis en scène par Alessandro Mistichelli, Uomini oltre mis en scène par Beppe Bosone, Tuo e della madre che ho ucciso mis en scène par Andrea Monti.
Elle écrit et dirige le spectacle Troppo da capire, qui reçoit le deuxième prix au concours national de monologues inédits, et elle adapte et met en scène Donne di una certa classe, qu’elle interprète.
Outre quelques apparitions cinématographiques, elle interprète pour la télévision Il Commissario Raimondi de Paolo Costella, Incantesimo 2 de Tomaso Sherman, Crociere de Roberto Quagliano, Il furto del tesoro di San Pietro d’Alberto Sironi, Una donna per amico 3.

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Paolo Bonanni (Luigino)

Au théâtre, il a participé à de nombreux spactacles, parmi lesquels : 108 Fm – parlami d’amore, mise en scène de Marco Bresciani ; Phantasm, Telecomando et Telecomando 2, Tifortri mis en scène par Claudio Insegno ; Stasera mi butto, Il fratello maggiore, mis en scène par Giovanni Lombardo Radice ; Splatter! – Gli psychopatici, mis en scène par Claudio Insegno ; Sogno di una mezza donna alla soglia della mezza età, mis en scène par Claudio Insegno ; Tempo zero mis en scène par Roberto Gandini, Babbo è uno stronzo de Claudio Insegno ; C’è un fantasma nel mio letto de Claudio Insegno.
À la télevision : I ragazzi del muretto de Paolo Poeti ; Ein haus in der Toscana de Gabi Kubach ; I ragazzi del muretto III de F. Lazotti ; Il mostro non fa più paura de Calderone ; Dio vede e provvede de E. Oldoini ; Amo Costanza de R. Mertes ; Il diavolo e l’acqua santa d’Enrico Oldoini ; Le ali della vita de Stefano Reali ; L’attentatuni de Bonivento ; Nos Meilleures Années de Marco Tullio Giordana.
Au cinéma : Quelli del casco de Luciano Salce ; Pugni di rabbia de Claudio Risi ; La venere di Willendorf de Elisabetta Lodoli, Più leggero non basta de Elisabetta Lodoli ; Tobia al caffè de Gianfranco Mingozzi ; Modena Modena de D. Malavolta.

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Giovanni Scifoni (Berto)

Il se diplôme en 1998 à l’Accademia Nazionale d’Arte Drammatica Silvio D’Amico de Rome.
Il débute au théâtre en 1997 dans Inferno, mis en scène par Lorenzo Salveti. Par la suite, il joue dans : L’épouse persane de C. Goldoni, mis en scène par Lorenzo Salveti (1998) ; Jésus-Christ Superstar de A. L. Webber et T. Rice, mis en scène par Claudio Segatori et Giovanni Scifoni (1998/1999/2000) ; Graal tiré de C. de Troyes, atelier mis en scène par Giorgio Barberio Corsetti (2000) ; Antoine et Cléopâtre de W. Shakespeare mis en scène par Ninni Bruschetta (2000) ; Ronde bis de E. Bentley, mis en scène par Patrick Rossi Gastaldi (2001) ; Henri IV mis en scène par Roberto Guicciardini, (2001-02) ; Alleluia, Brava Gente! mis en scène par Giovanni Scifoni (2002).
Nos Meilleures Années marque ses débuts à les écrans.

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