


Le projet
de Denis Dercourt m'a dès le départ attiré. Il
développe un sujet évoqué dans mon film, Moi
César... où dans une scène, mon jeune héros
dit en voix off, "Les enfants ont souvent pour vocation de réussir
là où les parents ont échoué". J'ai
trouvé intéressant que ce thème soit situé
dans l'univers de la musique, un art qui demande une discipline très
exigeante pour des enfants. Le sujet est fort car il implique à
la fois l'enfant, mais aussi la responsabilité des parents.
La rigidité apparente de mon personnage est tempérée
par l'amour profond qu'il porte à ses enfants. J'ai essayé
de faire passer une sensibilité dans un jeu le plus dépouillé
possible. L'amour, au départ, est un sentiment naturel, évident.
Après, c'est ce qu'on fait de cet amour qui importe, comment
on le gère, qu'est-ce qu'il devient. L'enfant est dépendant
de l'amour du père mais aussi du danger que représente
la désobéissance. Jean a de l'ambition pour ses enfants,
il souhaite les voir devenir de grands solistes, et cette performance
passe par ce travail qu'il leur impose. Je pense qu'il souffre de
ne pas être lui-même soliste, dans la mesure où
il exerce son métier de musicien
dans un orchestre. Peut-être n'avait-il pas le talent de devenir
un soliste ? Et sans doute désire-t'il aussi faire revivre
sa femme soudainement disparue, et son talent qu'il admirait, à
travers ses enfants. Jean doit jouer tous les rôles, père,
professeur... C'est difficile. On ne peut pas exclure cette approche-là
du personnage, la douleur de l'absence que vit cet homme, ce vide
affectif qu'il ressent pour lui-même aussi, et qu'il essaie
de combler pour ses enfants.
J'éprouve un immense plaisir d'acteur à interpréter
un musicien. Leur exigence dans le travail me fascine. Je suis stupéfait
par le décalage entre la pureté d'un geste, l'émotion
provoquée sur l'instant par la beauté d'un son, et les
innombrables heures de répétition que cette perfection
de la maîtrise demande. On est loin de la société
du facile, du tout de suite, du deux-en-un, de la simplification.
Aujourd'hui on devient chanteur sans avoir appris à chanter,
acteur sans avoir appris à jouer, on fait croire aux gens que
les métiers artistiques sont très accessibles. Quand
on a une vraie formation, construite sur des bases solides, on peut
envisager avec plus de sérénité une carrière
artistique et affronter le métier autrement, sans accuser le
fonctionnement interne de la profession en cas d'échec. Ce
thème-là est aussi contenu dans le film.
1974 La gifle de Claude Pinoteau
1978 Mon premier amour d'Elie Chouraqui
1979 Premier voyage de Nadine Trintignant
Vive
la mariée de P. Nola
L'homme
fragile de Claire Clouzot
1980 Un assassin qui passe de Michel Vianey
1981 Putain d'histoire d'amour de Gille
Béhat
Le
grand pardon d'Alexandre Arcady
1982 Une chambre en ville de Jacques Demy
La
balance de Bob Swaim
La
trace de Bernard Fabre
Le
crime d'amour de Guy Gilles
1983 Le jeune marié de Bernard Stora
Le
grand carnaval d'Alexandre Arcady
L'addition
de Denis Amar
1984 La garce de Christine Pascal
Urgence
de Gilles Béhat
1985 Spécial Police de Michel Viany
Suivez
mon regard de Jean Curtelin
Taxi
boy d'Alain Page
Un
homme et une femme : vingt ans déjà de Claude Lelouch
Lune
de miel de Patrick Jamin
1987 Cayenne Palace d'Alain Maline
Spirale
de Christopher Franck
1988 Migration d'Aleksander Petrovic
Modigliani
de Franco Taviani
L'union
sacrée d'Alexandre Arcady
Un
couteau dans le coeur de Domenico Campana
1989 La baule les pins de Diane Kurys
1990 L'entrainement d'un champion avant la course
de Bernard Favre
Pour
Sacha d'Alexandre Arcady
Ma
vie est un enfer de Josiane Balasko
Mayrig
de Henri Verneuil
588,
rue Paradis de Henri Verneuil
1991 Le grand pardon II d'Alexandre Arcady
1992 Le petit prince a dit de Christine
Pascal
1993 Le joueur de violon de Charlie Van
Damme
1994 Consentement mutuel de Bernard Stora
L'appât
de Bertrand Tavernier
Adultère
mode d'emploi de Christine Pascal
1995 Pédale douce de Gabriel Aghion
1997 Un grand cri d'amour de Josiane Balasko
Une
journée de merde de Miguel Courtois
1999 Quasimodo d'el Paris de Patrick Timsit
Les
gens qui s'aiment de Jean-Charles Tacchella
Un
ange de Miguel Courtois
2000 15 août de Patrick Alessandrin
L'art
(délicat) de la séduction de Richard Berry
2001 Entre chiens et loups de Alexandre
Arcady
Le
nouveau Jean-Claude de Didier Tronchet
2002 Mes enfants ne sont pas comme les autres
de Denis Dercourt
Ah
si j'étais riche de Manuel Munz et Gérard Bitton
Tais-toi
de Francis Veber
Réalisateur
2000 L'art (délicat) de la séduction
d'après "Kurtz" de Jean Aubert - Scénario
Richard Berry
2002 Moi César, 10 ans 1/2, 1m39
- Idée originale Richard Berry - Scénario Eric Assous
et Richard Berry



Au cinéma, la musique sert souvent de prétexte à
l'histoire. Là, c'est l'inverse : la musique crée le
film. Ce n'est pas un décor. D'où cette honnêteté
de la répétition, du ressassement. Denis Dercourt montre
le travail. La musique, comme la danse, exige des sacrifices pour
enfin parvenir à la grâce. La notion de plaisir se découvre
plus tard. Quand on dit à Jean, le père d'Adèle,
"Votre fille est très douée", il répond,
"Oui, elle va commencer à se faire plaisir". Je suis
bouleversé par le trajet de cette jeune fille qui se rebelle
pour vivre son histoire d'amour. Comme s'il fallait que la femme passe
par l'expérience de la
perte de sa virginité pour devenir musicienne, ou actrice comme
dans Esther Kahn de Arnaud Desplechin.
De toutes façons, Adèle, qui veut être une grande
concertiste, est obligée de sacrifier une part d'elle même.
Il y a ce moment extraordinaire où Thomas, son ami, lui dit,
"Tu ne m'as pas attendu pour manger.", et elle répond,
"Non, si je t'attends, je ne vais pas travailler". Comme
si quelque chose s'était "drogué" en elle
pour devenir une grande violoncelliste. Pour ma part, je pense comme
Daniele Del Guidice, dont j'avais adapté Le Stade de Wimbledon,
que "La maîtrise passe par l'abandon". Il faut, à
un moment donné, oublier tout ce que l'on a appris. Lorsque
Gérald sort de son studio pour aller enregistrer des sons d'oiseaux
dans la forêt, c'est des morceaux de vie qu'il va chercher pour
nourrir sa musique - de la vie qu'il ne maîtrise pas. Son neveu
Alexandre devine alors un monde de sensations et de plaisirs nouveau
pour lui.
J'ai été ému aussi par le thème de la
transmission. Dans une famille de musiciens, c'est presque naturel
pour les enfants de faire comme les parents. Il y a un rapport évident
à une passion partagée en commun.
Dans le cinéma, c'est sans doute différent, un acteur
est déjà dans l'imposture. Côté transmission,
je suis concerné en ce moment, on va faire un film ensemble
avec mon père... sur l'histoire de son propre père !
Quand mon personnage prend la direction de l'orchestre, j'ai pensé
cette émotion de façon très physique, concrète,
pas du tout spirituelle. Comme en rapport avec un lieu. Comme un fils
de menuisier reprend l'établi et les outils de son père.
Au départ, j'étais paniqué à l'idée
de me retrouver devant un orchestre. Le fait d'avoir un peu pratiqué
un instrument et de lire la musique m'a aidé. J'ai visionné
plusieurs cassettes de chefs d'orchestre, puis j'ai répété
avec Jean-Charles Monciero, le compositeur de l'oeuvre que je dirige
à la fin. Je voulais connaître à fond cette partition,
la ressentir intérieurement comme si je l'avais moi-même
composée. Denis m'a demandé d'être le plus sobre
possible, surtout ne pas aller dans l'extase. On travaille avec des
musiciens professionnels, ils connaissent l'oeuvre, il faut donc faire
peu de choses.
J'aime bien la façon dont Denis dirige ses acteurs. On est
tenu, mais il nous amène dans des réflexes de plaisir
et de rapidité. ça vibre en permanence. Denis a compris
qu'il ne faut pas geler un film. On filme dans l'urgence. J'adore
cela - je fais pareil. Denis joue sur plusieurs registres, celui de
la légèreté, et aussi il y a cette profondeur,
cette gravité. Une tenue et une rigueur qui ont à voir
avec le rythme de la musique. Et qui n'empêchent pas de connaître
de vrais moments de rigolade pendant le tournage.

1984 Les favoris de la lune
de Otar Iosseliani
1991 La sentinelle d'Arnaud
Desplechin
1993 Lettre pour L... de Romain
Goupil
1994 Comment je me suis disputé...
d'Arnaud Desplechin
1995 Le journal d'un séducteur
de Danièle Dubroux
1996 Généalogies d'un
crime de Raoul Ruiz
1997 On a très peu d'amis de
Sylvain Monod
Alice
et Martin d'André Téchiné
1998 Fin août, début
septembre d'Olivier Assayas
Trois
ponts sur la rivière de Jean-Claude Biette
La
fausse suivante de Benoit Jacquot
1999 Marcorelle n'est pas coupable de
Serge le Perron
2000 Amour d'enfance d'Yves Caumon
La
brèche de Roland d'Arnaud et J-Marie Larrieu
2001 C'est le bouquet ! de Jeanne Labrune
Les
naufragés de la D17 de Luc Moullet
2002 Un homme, un vrai d'Arnaud et J-Marie
Larrieu
Mes
enfants ne sont pas comme les autres de Denis Dercourt
Réalisateur
1985
"Marre de café" (c.m.)
1990 "Sans rires" (c.m.)
1992 "Les yeux au plafond" (c.m.)
1993 "8bis" (c.m.)
1997 Mange ta soupe
2000 Le stade de Wimbledon
2002 La chose publique



J'avais peur de me risquer dans ce personnage. Un grand chef d'orchestre,
ce n'est pas Monsieur tout le monde ! Mon inquiétude portait
sur les problèmes techniques. Je craignais de ne pas être
crédible, de diriger à contre temps. En plus, je me
trouvais face à un orchestre de vrais musiciens. Ils ont été
adorables, même quand je les grondais. Denis m'a donné
quelques leçons, il me rassurait en me montrant la chorégraphie
des gestes !
J'aime bien dessiner mes personnages quand je prépare un rôle.
J'ai fait un portait du pianiste Claudio Arrau, dont j'apprécie
l'interprétation des sonates de Beethoven. Je me suis aussi
souvenu du grand chef Charles Munch.
J'ai une profonde admiration pour les musiciens, pour la somme de
travail exigée par la pratique d'un instrument. Un soliste
doit travailler de nombreuses heures chaque jour s'il veut être
capable de jouer le soir avec l'aisance souhaitée. J'ai toujours
été entouré de musique. Ma mère chantait,
mon père voulait faire de l'opéra avant la guerre de
1914. Quand j'étais petit, ma mère souhaitait me faire
apprendre le piano, mais le piano, c'était pour les filles.
Avec mes cousins, on préférait jouer au foot. Pour faire
plaisir à ma mère, j'avais accepté de faire partie
de la fanfare municipale. Je me souviens, on jouait le grand air de
"Aïda". Sur une espèce de cor anglais, je soufflais
une note de temps en temps, "pomp, pomp, pomp" !
La musique est un monde dans lequel je pénètre avec
bonheur. Le climat musical de ce film m'enchante. Erhardt, mon personnage
est un puriste. Il n'aime que les grands musiciens. D'où son
conflit avec son fils Gérald qui, à ses yeux, se compromet
en faisant de la musique de publicité. Pour lui c'est de la
musiquette. Et il méprise son gendre, "un simple musicien
d'orchestre", alors que sa fille était une soliste virtuose.
Heureusement, il est réconforté par ses petits enfants,
après tout c'est sa descendance. Eux, ils ont reçu le
don pur. Adèle a hérité du génie de sa
mère. Et à douze ans, Alexandre est déjà
au niveau des plus grands. Le thème de la transmission abordé
dans le film me touche particulièrement.
Le scénario de ce film est lumineux. J'avais l'impression d'avoir
écrit certains de mes dialogues, je suis tellement en accord
avec ce qu'ils expriment ! Quand Erhardt dit par exemple, "Tout
se joue à la répétition", oui, tout se joue
à la répétition, surtout au théâtre.
J'aime bien aussi quand il réconforte sa petite fille en lui
disant, "Relâche toi quand tu joues... Comme si tu étais
amoureuse !" Un conseil que je ferais bien d'ailleurs de mettre
en pratique, je ne suis pas sûr d'être assez relâché.
Je n'ai pas encore atteint le sommet que je vise, sans doute parce
que je suis animé d'un double désir quand je joue :
être totalement absent, et en même temps, garder une certaine
maîtrise.

1963 Le combat dans l'île d'Alain
Cavalier
1964 L'insoumis d'Alain Cavalier
1966 Peau d'espion d'Edouard Molinaro
1967 Les jeunes loups de Marcel Carné
1968 Drôle de jeu de Pierre Kast
1969 Le coeur fou de Jean-Gabriel Albicoco
La
maison des Bories de Jacques Doniol-Valcroze
1970 La liberté en croupe d'Edouard
Molinaro
1971 Un aller simple de José Giovanni
1972 Faustine et le bel été de
Nina Companez
Rak
de Charles Belmont
Les
soleils de l'Île de Pâques de Pierre Kast
1973 L'herbier de Philippe Labro
Nada
de Claude Chabrol
1975 Il pleut sur Santiago de Helvio Soto
1978 Merry go round de Jacques Rivette
1980 Le grand paysage d'Alexis Droeven de
Jean-Jacques Andrien
1981 Un matin rouge de Jean-Jacques Aublanc
1982 Edith et Marcel de Claude Lelouch
1983 Les maîtres du soleil de Jean-Jacques
Aublanc
Liberté
la nuit de Philippe Garrel
1984 L'or blanc de Helvio Soto
1985 La seconda notte de Nino Bizzari
1986 Histoires d'économie de Michel
Semeniako, C. Muret
Poisons
de Pierre Maillard
1988 Bleu marine de Jean-Claude Riga
1989 Baisers de secours de Philippe Garrel
1990 La discrète de Christian Vincent
1991 Un coeur en hiver de Claude Sautet
Hors
saison de Daniel Schmidt
1995 Le coeur fantôme de Philippe
Garrel
1996 Artemisia d'Agnès Merlet
1997 Les amoureuses de Michel Piccoli
1999 Inséparables de Michel Couvelard
L'origine
du monde de Jérôme Enrico
2001 Total Kheops d'Alain Beverini
Sauvage innocence de Philippe Garrel
2002 Mes enfants ne sont pas comme les autres
de Denis Dercourt
Rencontre avec le dragon de Hélène Angel
Son frère de Patrice Chéreau