L'IMAGE

J’ai longtemps hésité à faire l’image, la lumière, le cadre. Concentré par l’attention que l’image demande, j’avais peur de n’être plus capable
de diriger les comédiens, de devenir sourd, c’est toujours un peu le risque quand on cadre. J’avais envie d’être plus proche des comédiens, d’être avec eux, de ne pas être voyeur. En mettant en scène et en cadrant, j’arrive à une complicité avec les acteurs qui ne passe plus par
le discours. On les sent, on sait quand ils bougent avant qu’ils n’agissent, on ressent leurs difficultés, comme ils ressentent les nôtres. Quand chacun a trouvé ses marques, cela devient magique.
Cadrer des corps nus change toutes les habitudes, tous les repères, à un centimètre prés. C’est trop ou pas assez : plan américain ! censuré au Japon ?
Le rapport au corps change suivant les pays. J’ai voulu rester le plus pudique possible, sans devenir pudibond.
Rester sur la corde.
J’ai préparé le travail sur l’image avec les repérages, le choix des décors, de leur couleur, ainsi que l‘orientation.
Fenêtre au nord pour toutes les scènes d’hiver. Couleurs monochromes, froides, le vert, le bleu pour les costumes. J’ai choisi une lumière fluo verte pour le fournil de la boulangerie. Afin de s’identifier facilement aux personnages, j’ai utilisé une image très naturelle, proche de la réalité de la vie, réaliste.
Fenêtre au soleil pour les scènes d’été. Couleurs chaudes, orange, jaune.
La journée se termine, le bleu de la mer devient mystérieux. Le film se termine, le soleil va se coucher, il enveloppe les corps de cette lumière chaude des fins d’après-midi d’été.

Franck Landron