Le
Prince traite de la relation qu’entretient toute
une société avec le rêve. C’est un conte
moderne à la fois subtil et généreux, qui
reprend les schémas classiques des oppositions ancestrales
d’un thème hors du temps : celui de la princesse et
du pauvre, ici fleuriste.
Toute l’histoire tourne autour d’un geste, celui d’Adel
apportant des fleurs à la belle Dounia, déesse inaccessible
qu’il convoite en secret. Ce geste à la fois banal et
passionné, audacieux et évident constitue le pari du
film.
Autour de cet enjeu central se développe toute une série
d’histoires parallèles. Dans chaque cas, une dialectique
se met en place entre la part de rêve et la part de réalité.
Faut-il croire au rêve et le laisser guider notre vie ? Faut-il
au contraire rester les pieds sur terre et renoncer au rêve
? Mais à quoi ressemblerait une vie sans rêve ?
Le propos n’est pas tant de croire qu’Adel va réussir à conquérir
Dounia, mais de montrer qu’il a raison d’y croire, rendre
justice à cette part de rêve qui le rend vivant et humain.
Pour cette raison, Le Prince touche une problématique
universelle, qui dépasse largement sa dimension tunisienne.
A la fin de l’histoire, les amis d’Adel lui demandent
d’aller au rendez-vous et de
conquérir la belle, pour
leur prouver qu’on peut encore croire au rêve. Cette
nécessité nous concerne tous, à une époque
où le rêve est en perdition, balayé par l’hédonisme
généralisé, parfaitement représenté par
le cynisme amoureux de Mounir l’ami d’Adel et de toute
sa génération. Le pari du film est justement celui-ci
: réveiller chez le spectateur la part de rêve qu’il
a enfoui au plus profond de lui, comme Dounia ou Mounir, pour ne
plus souffrir de la réalité."
Mohamed Zran