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Mais comment peut-on considérer le rêve d’Adel comme une forme de résistance ? Ce qui compte
pour ce personnage, c’est moins la réalisation
du rêve que le mouvement de la quête. Autrement dit,
l’essentiel ce n’est pas ce qu’Adel réalise
; mais qu’il se réalise et s’assume comme un acteur
social, et une conscience entreprenante et dynamique qui refuse la
torpeur, la soumission et le fatalisme.
Votre premier film se situe dans le quartier populaire Essaida. « Le Prince » choisit le centre névralgique de la capitale, à savoir l’avenue H. Bourguiba. Quelle est la fonction de l’espace dans votre cinéma ? Dans « Le Prince » l’avenue n’est pas un
simple décor. L’artère principale de Tunis joue
le rôle d’un personnage à part entière,
d’un actant qui conduit les Tunisiens,
Pourtant il y a au milieu de cette galerie de personnage que vous représentez, une figure qui se détache de la réalité historique et prend une valeur plutôt symbolique. C’est l’aveugle, marchands de miroirs. Ce personnage
s’est imposé à moi, dès
le départ, comme une silhouette incontournable dans la configuration
formelle du film. Ce marchand de miroirs, qui réunit en lui
la cécité et la vision, l’obscurité et
la lumière, l’infirmité et son remède
a forcément une valeur symbolique ou allégorique. Au
milieu de l’avenue, cet homme aveugle interpelle les passants,
toujours pressés, toujours absorbés par mille besognes
aliénantes, pour qu’ils s’arrêtent un petit
moment et qu’ils marquent une pause dans leur course effrénée,
afin de pouvoir se regarder , se dévisager dans le miroir
et se découvrir. Le film est donc une invitation aux Tunisiens
pour qu’ils se regardent en face et évaluent le sens
de leur vie. Tant que ce moment de vérité n’est
pas vécu et assumé, nous demeurons des êtres
aliénés, défigurés par les relents d’un
modernisme de vernis et d’une culture de pacotille.
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