ENTRETIEN

FILMOGRAPHIE

 
ENTRETIEN AVEC JEAN VEBER
 

Qu’est-ce qui a déclenché chez vous l’envie de faire du cinéma ?
King-Kong et mon père. King-Kong parce que c’est mon premier grand souvenir de cinéma, et mon père, parce que c’est lui qui m’a emmené voir King-Kong. Par la suite, en voyant mon père travailler, j’ai découvert peu à peu la difficulté du métier.

Comment êtes vous devenu réalisateur ? Avez-vous suivi une école de cinéma ?
J’ai étudié le cinéma au collège de Santa Monica, à Los Angeles. J’ai fait plusieurs stages à la mise en scène, en France et aux Etats-Unis, notamment sur L’Armée des Ténèbres de Sam Raimi (qui vient de faire Spider-Man). Et, parallèlement j’ai toujours écrit. J’ai travaillé comme co-scénariste sur Cache-Cash de Claude Pinoteau. Et puis, j’ai fait mon premier court-métrage, La Ballade de Don. Le Pharmacien de garde était un sujet qui me tenait à cœur. Avec l’aide de Nicolas Vannier (qui avait produit mon court-métrage), j’ai pu le porter à l’écran, et ça a été une formidable expérience.

Contrairement à tous ces jeunes cinéastes qu'on a vu dans les années 70, 80, qui traitaient de problèmes existentialistes ou psychologiques, votre premier film est un film de genre, un film de «divertissement». C’est une tendance que l’on rencontre chez des jeunes réalisateurs comme Christophe Gans, Jan Kounen, Olivier Dahan et en voyant votre film ça m’a frappé.
J’avais envie de faire un film de genre. Pas tellement sur le modèle des films américains, mais plus sur le modèle français - je pense à Harry, un ami qui vous veut du bien, ou à Scènes de Crime - des films où l’émotion et la caractérisation des personnages ne sont pas délaissées au profit de l’action.

Vous parlez souvent de littérature fantastique, vous citez Docteur Jekyll et Mr Hyde pour le personnage de Vincent, est-ce que vos lectures comme par exemple Stevenson ont influencé l’écriture de votre scénario ?
Dès l’instant où un type en blouse blanche descend dans son laboratoire pour faire des expériences, il est difficile de ne pas penser au Dr Jekyll, à Frankenstein, à toute une tradition de savants fous que l’on retrouve dans la littérature et dans le cinéma fantastique. Ce qu’il y a de merveilleux dans le fantastique c’est que ça va de La Belle et la Bête au Surfeur d’Argent en passant par Marcel Aymé, et Alien. C’est un genre extrêmement vaste.

Le pharmacien se réclame d’un ordre de Druides sanguinaires, vous êtes-vous basé sur des faits historiques ?
Je me suis intéressé à la Culture Celte et aux Contes et Légendes de Bretagne - d’ailleurs les dessins qu’on voit dans le film sont tirés de véritables documents - mais j’ai inventé une grande partie de la mythologie de l’histoire. Le fantastique qui m’intéresse le plus, c’est celui qui est ancré dans la réalité. On est dans le quotidien, et tout à coup, on bascule dans l’étrange ou dans l’horreur.

Votre réalité dans ce film c’est l’écologie, à travers ce personnage dont l’idée est d’assainir le monde. Est-ce que l’écologie est pour vous un cheval de bataille ou un prétexte ?
C’est un peu les deux. Ce que je voulais surtout, c’était donner au méchant une croisade juste, qu’il soit une sorte de Robin des Bois des temps modernes. Et en même temps, son moyen pour mener sa croisade n’est pas le bon puisqu’il choisit la violence. Ce qui fait de lui un personnage à la fois aimable et monstrueux.

Vous travaillez beaucoup en gros plan sur les yeux de Vincent Perez. Vous cherchez dans le regard. Vincent c’est quelqu’un qui a un visage d’ange et tout d’un coup, au détour d’un plan, l’œil bascule et il devient terrifiant.
En pensant à Vincent pour le rôle du Pharmacien, j’ai eu en mémoire le casting du personnage de Norman Bates dans Psychose. Dans le livre, il s’agissait d’un gros type de 40 ans. Hitchcock, lui, a choisi Anthony Perkins, un jeune premier séduisant, pour en faire un méchant. J’avais envie de retrouver cette dualité, cette fêlure, avec Vincent qui a ce
côté charmant, mais qui peut dans la seconde devenir très inquiétant.

Et pour Guillaume Depardieu, qu’est-ce qui a motivé votre choix ?
D’abord, parce qu’à ma connaissance, il n’avait jamais auparavant interprété un rôle de flic. Et puis, dans tous les films de lui que j’avais particulièrement aimés, j’avais constaté cette fragilité qui le rend particulièrement spécial et émouvant - encore plus s’il a un
flingue à la main.

On pense aussi en le voyant à la tradition des flics américains que l’on retrouve dans les romans de Chandler, Hamet etc… ces flics trempés dans leurs réalités quotidiennes, avec des problèmes quotidiens, par exemple, leurs femmes les a quittés. Avez-vous été influencé par toute cette littérature ?
Probablement à un niveau inconscient. Mais ce qui m’amusait surtout, c’est de voir un flic handicapé dès le départ de son enquête par un chagrin d’amour.

Ce qui explique un petit peu sa faiblesse pour ce monstre qu’est le pharmacien ?
Absolument, puisque ce monstre va lui tendre la main et devenir son meilleur ami. Une amitié que le flic va accueillir à bras ouverts, sans savoir qu’elle est offerte par l’assassin qu’il recherche.
Au début, ce qui va rapprocher les deux hommes, c’est qu’ils ont les mêmes opinions, les mêmes convictions. Ce sont deux combattants de la même cause : l’écologie. Simplement, ils ne mènent pas le combat de la même façon et à la fin, ils vont se retrouver face à face.

Jusqu’à maintenant on a beaucoup parlé des rôles masculins. Si l’on aborde les rôles féminins, ceux ci sont surtout au second plan, à l’exception du personnage de Pascal Légitimus, qui incarne un travesti…
C’est vrai que le film est une histoire d’amitié - presque d’amour - entre les deux héros. Et j’ai voulu privilégier cette relation.
En plus, dès le début du film on apprend que Guillaume est brisé par un chagrin d’amour. C’est normal qu’il ait une certaine rancœur vis à vis des femmes…

Vous parliez de film de genre. A quel genre pensez-vous que votre film s’apparente ?
C’est difficile de définir soi-même ce qu’on a fait, mais je dirais que c’est avant tout un polar, un polar aux frontières du fantastique et de l’horreur.

 
FILMOGRAPHIE DE JEAN VEBER
 

Auteur-réalisateur du long métrage
LE PHARMACIEN DE GARDE
produit par Orly Films.

Co-scénariste du long métrage
LE MARQUIS NOIR
de André Bonzel
(en préparation).

Auteur-réalisateur du court-métrage
LA BALLADE DE DON
produit par Orly Films.

Co-scénariste du court-métrage
LE SYNDROME DE GILLES DE TOURETTE
de Philippe Azoulay,
produit par Rosebud Productions.

Co-scénariste de
CACHE-CASH
de Claude Pinoteau,
produit par Gaumont.