|
Pourriez-vous
nous parler de votre personnage, Yan Lazarrec ?
Derrière son aspect rassurant de pharmacien, Yan Lazarrec a une
autre personnalité bien plus inquiétante. C'est un tueur
redoutable et totalement certain d'être investi d'une mission
: celle d'éliminer ceux qui polluent la planète en les
tuant par là où ils ont péché. C'est un
écolo à l'extrême. Il se prend pour le sauveur du
monde. Il veut redonner à la nature sa vérité,
sa pureté.
L'amitié
qui lie Yan à François, le flic interprété
par Guillaume Depardieu, est très forte presque ambiguë.
Comment est-elle née ?
Yan rencontre François lors d'une conférence sur l'écologie,
il va être impressionné par son intervention lors du débat
et va l'aborder pour lui exprimer son admiration. Ils défendent
la même cause. Yan pense avoir trouvé en François
le complice et l'ami idéal pour mener son combat jusqu'au bout.
Il va s'attacher à cet homme si proche de lui, mais ignore qu'il
est flic. Quant à François, il ne sait pas qu'il devient
l'ami de l'assassin qu'il recherche. Il le découvrira, mais trop
tard. Jusqu'où sera-t-il capable d'aller pour protéger
son ami Yan ?
C'est
le premier film de Jean Veber. Comment vous a-t-il dirigé ?
Jean Veber m'a offert un rôle extrêmement bien écrit.
Sur le tournage, il est très précis, très exigeant.
Il ne lâche rien. Il veut que le texte soit respecté à
la virgule près. C'est rassurant de travailler avec lui. Il vous
guide, vous donne le tempo, la respiration, le rythme. Vous n'êtes
jamais perdu, livré à vous-même. Il a en tête
l'idée exacte de ce qu'il attend de vous, du résultat
final.
Ce
genre de film est plutôt rare en France.
Il est vrai que l'on voit rarement des productions françaises
investir dans le genre "fantastique". Le pharmacien de garde
appartient au domaine de l'étrange, de l'angoissant. Mais je
ne vois pas pourquoi un réalisateur n'irait pas au bout de ses
envies et de ses projets parce que, tout simplement, il est français.
Avez-vous
des modèles de tueurs au cinéma ?
Il y a, ce qu'on appelle, des tueurs "magnifiques" dans l'histoire
du cinéma. Ce sont des personnages excitants à interpréter.
Vous avez l'impression d'avoir un certain pouvoir sur le monde en les
jouant. Robert Mitchum, par exemple, dans La Nuit du chasseur, est
formidable ! Mais je ne cherche pas forcément à faire
des rôles d'assassins. Mes choix dépendent des propositions
que je reçois. Là, j'ai aimé le scénario
et je me suis lancé. Pour le rôle de Yan Lazarrec, je me
suis documenté sur des serials killer, pour en savoir plus. Mais
ensuite, je me suis laissé guider par Jean.
Lorsque
vous avez tourné dans Le Pharmacien de garde vous veniez
de réaliser votre premier long-métrage, Peau d'Ange.
Est-ce que cela vous a rapproché de Jean Veber pour qui c'était
aussi une première ?
Effectivement, cela nous a donné une confiance mutuelle et une
certaine complicité. Nous avons traversé la même
expérience : l'écriture, tenir le film jusqu'au bout,
malgré les difficultés que nous pouvons rencontrer dans
ce genre d'aventure intense. C'était à la fois touchant
et intéressant d'observer le travail de Jean. En même temps,
moi qui sortais juste de la réalisation, je me suis senti déstabilisé
quand je me suis retrouvé face à la caméra. J'avais
l'impression que je ne savais plus jouer, j'avais peur, je n'avais plus
de repère. J'étais encore dans la peau du metteur en scène.
Il fallait à nouveau me laisser aller, guider, diriger. Mais
Jean a su me rassurer.
|