NOTES DU
REALISATEUR

J’ai souvent entendu dire qu’on se découvrait une vocation de cinéaste après avoir vu un film particulièrement marquant dans son enfance. Ce n’est pas mon cas. Quand j’étais petit, je rêvais de devenir avocat, comme mes parents. Plus tard, j’ai pensé à devenir chirurgien – une profession où l’on se sert de ses mains pour sauver des vies. Mais je n’imaginais pas un seul instant que je ferais des films.
Cela fait longtemps que je me demande pourquoi j’exerce ce métier. De temps en temps, je suis pris de doutes, surtout quand je viens de terminer un film. L’autre jour, j’ai vu Le Fils d’Elias pour la première fois : à la fin, j’ai ressenti comme un drôle de picotement. Comme si on me chatouillait le ventre. Une sorte de joie sous-jacente, comme lorsqu’on a soudain envie de rire, mais qu’on veut que personne ne s’en aperçoive. Un sentiment de bonheur sans raison apparente. Je pense que c’est pour retrouver ce sentiment que je fais des films.

A propos du Fils d'Elias

Je suis obnubilé par le thème de la construction identitaire. C’est un sujet que j’ai commencé à explorer dès mon deuxième film, En attendant le Messie, et je m’y suis replongé pour Le Fils d’Elias.

Ariel est une sorte d’adolescent attardé de l’Argentine d’aujourd’hui. Il évolue dans un milieu trouble et décadent et, tout en cherchant désespérément à se faire une place au soleil, il assiste à la transformation de son environnement familier.
C’est dans ces phases de mutation que beaucoup de jeunes gens reviennent vers leurs racines. Non pas pour réaffirmer leur identité, mais dans un but “administratif” : ils veulent tous obtenir un passeport de la nationalité d’un de leurs ancêtres pour accéder au paradis européen, ce continent où tout est encore possible.
J’ai voulu évoquer ce lent cheminement qui mène à la construction de son identité – une construction qui se nourrit d’anecdotes anodines, d’événements tragi-comiques, de vérités et de mensonges.