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“Ce qui m’a toujours frappé, dit Doc, c’est que les choses que nous admirons le plus dans l’humain : la bonté, la générosité, l’honnêteté, la droiture, la sensibilité et la compréhension, ne sont que des éléments de faillite dans le système où nous vivons. Et les traits que nous détestons : la dureté, l’âpreté, la méchanceté, l’égoïsme, l’intérêt purement personnel, sont les éléments même du succès. L’homme admire les vertus des uns et chérit les actions des autres”. John Steinbeck, Tendre jeudi Tout commence en 1995 lorsque je viens m’installer avec ma famille à Najac, petit village aveyronnais perché au sommet d’un mont du Rouergue. Je souhaite simplement changer de rythme de vie et je n’imagine pas que je vais y vivre la plus longue expérience cinématographique de mon existence de réalisateur.
Le temps passant, les rencontres surviennent : Arnaud, Christian, Serge, Henri, Simone, Piccolo, Jean, Christopher, Dominique … entrent dans ma vie, à moins que ce ne soit le contraire, allez savoir ! A pied ou à mobylette, la caméra dans le sac à dos, je tourne comme on “ voisine ”, au gré de mes balades chez les uns et les autres. Tous me donnent leur amitié, leur confiance et m’ouvrent leur porte.
Au tournage, la vie qui s’improvise sous mes yeux m’impose une écriture libre et désordonnée. Ce n’est qu’au moment du montage que le dispositif narratif se construit, à partir de la matière brute. Et pour cette étape d’écriture essentielle, j’ai un atout maître : mon ami et complice Yves Deschamps, monteur virtuose avec lequel je m’éclate dans la vie et au travail depuis 1976.
Après avoir accompagné ce film dans plus de 130 villes en France et dans une vingtaine de festivals internationaux, j’ai plaisir à retrouver les images et les sons conservés bien au chaud dans le banc de montage, installé depuis peu à la maison. En fait, je n’ai jamais arrêté de tourner dans une totale liberté, un bonheur simple, au quotidien pendant mes périodes d’intermittence à Najac. Je ne peux pas abandonner ces personnages devenus partie intégrante de ma vie : il est nécessaire pour moi de les accompagner encore et toujours… Nous n’avons plus qu’à les suivre dans leurs vies et leurs utopies. Le film est là, il nous parle : |