« Yves, t’as pas une heure dans la semaine ? Je voudrais te montrer des trucs que j’ai filmés chez moi à Najac. J’ai fait une sélection de quelques rushes avec Nadia, j’aimerais que tu me dises ce que tu en penses.»
Deux jours plus tard, dans un ancien cinéma de Boulogne Billancourt appelé Artistic Palace, Sauzeau le vieux mécano, Arnaud le chef de gare, le maire Hubert Bouyssière, Jean, Céline, Serge, Henri, Piccolo, Christian, Trottinette et les autres ont fait irruption dans ma vie. Cinq ans et deux longs métrages plus tard, ils n’en sont toujours pas sortis.
J’ai toujours été particulièrement sensible à l’univers de JH (alias Jean-Henri Meunier), ses images, ses mots, sa musique. En à peine une heure d’un bout-à-bout plus élaboré qu’il n’avait bien voulu me le dire, il m’avait fait pénétrer dans un univers tendre et lumineux où Jacques Tati aurait pu croiser Marcel Pagnol et Jean Vigo en route pour une virée chez John Steinbeck.
Aussi quand JH m’a proposé de monter le film avec lui, j’ai aussitôt décliné la formidable proposition qui venait de m’être faite de travailler au montage d’un grand metteur-en-scène américain. Non pas que le coq de Najac m’eut provoqué une brusque poussée de chauvinisme franchouillard ou d’anti-américanisme primaire, mais ce que je venais d’entrevoir était si riche de bonheur simple et d’humanité vraie qu’il m’apparaissait impossible de ne pas m’y plonger tout entier. C’était comme de sauter à pieds joints dans une enfance miraculeusement retrouvée.
Pendant de nombreuses semaines (merci Christophe Barratier et Pierrette Ominetti, merci Jacques Perrin, merci Armand Azoulay), nous avons labouré les centaines d’heures filmées par JH pour en récolter quelques heures d’histoires savoureuses, drôles souvent, pathétiques quelques fois, toujours familières grâce au regard-caméra d’un poète gouailleur, bavard impénitent mais voyeur céleste.
Pendant toutes ces semaines, j’ai rêvé de partager avec le monde entier le plaisir intense que me procuraient ces images. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que mon rêve est en passe de se réaliser puisque, grâce à Frédéric Bourboulon et Little Bear et à toute l’équipe d’Océan Films, le coq a planté son perchoir sur la croisette pour claironner fièrement depuis Cannes :
« Ici Najac, à vous la Terre »

Chef monteur et ami
Avril 2006
Aussi loin que je me rappelle, j’avais toujours voulu être journaliste. Et c’est précisément en tant que tel que je suis entré pour la première fois de ma vie dans une salle de montage de film. Endroit magique, caverne d’Ali Baba pleine de rêves, d’aventures, de rires et de drames ! Trente huit ans plus tard , je n’en suis toujours pas ressorti.
Entre-temps j’y ai monté plus de cent films de toutes sortes, de tous formats, courts et longs, fictions et documentaires. J’y ai partagé les craintes et les espoirs de nombreux metteurs en scène, parmi lesquels Edouard NIERMANS, Orson WELLES, Jean-Henri MEUNIER, François REICHENBACH, Jana BOKOVA, Jean-Jacques BEINEIX, Jean-Claude LUYAT, Francesca COMENCINI, Jean-Pierre AMERIS, Xavier GELIN, Patrick BRAOUDE, Bruno DUMONT, Pierre JOLIVET, Randa GHAHAL, Christophe BARRATIER, Christian VINCENT et tant d’autres …
Leurs films sont autant de jalons dans ma vie et celle des miens : « Anthracite », « The other side of the wind », « La bande du Rex », « Japon insolite », « 37°2 le matin », « Havana », « Poussière d’Ange », « Le bateau de mariage », « Smoothie », « L’homme idéal », « Iznogoud », « La vie de Jésus », « Ma petite entreprise », «Le cerf-volant », « Les choristes », « Quatre étoiles », etc …
Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours été monteur.