10 000 personnes au moins meurent chaque année dans des mines illégales en Chine. Enfin, un film fait lumière sur ces travailleurs qui risquent leur vie pour gagner leur pitance dans les souterrains obscurs.
« La Chine manque de tout sauf d’hommes », ironise le patron d’une mine de charbon clandestine, dans un nouveau film qui dénonce la vie misérable des miniers venant des terres intérieures. Des millions d’ouvriers illettrés arpentent le pays pour trouver du travail. Aux yeux des propriétaires des mines, les migrants constituent une ressource inépuisable. Nombreux sont ceux qui risquent la mort dans des mines illégales pour un salaire mensuel de 1000 yuans, soit plusieurs fois le revenu mensuel moyen d’un fermier.
Ces conditions réelles impliquent de vivre dans des dortoirs exigus, où les ouvriers se retrouvent souvent entassés dans de simples tentes ou baraquements. Li explique que dans l’aride Chine du Nord, les miniers passent parfois des semaines sans se laver. Toute personne capable de travailler dur, y compris un fugitif, peut trouver du travail dans les mines illégales si elle parvient à s’y rendre. Les propriétaires miniers engagent fréquemment des « petites frappes » locales afin de surveiller les pistes menant aux mines, alors que la police locale et les responsables officiels acceptent des pots-de-vin pour fermer les yeux sur ces abus-s’ils ne vont pas jusqu’à leur offrir une protection supplémentaire. L’extorsion et le vol sont quotidiens. « Ce problème ne date pas seulement de quelques années », explique Li. « Il sévit depuis bien longtemps. »

La majeure partie du tournage s’est déroulée à 700 mètres en-dessous du sol, au niveau de la frontière séparant les provinces de Hebei et Shaanxi. Li se montre réticent à l’idée de dévoiler plus précisément la localisation de l’action, afin de protéger ceux qui lui ont permis d’y avoir accès. Son équipe et lui-même étaient tout à fait conscients des dangers. Une galerie s’est effondrée deux jours après leur départ, alors qu’ils n’avaient pas terminé de filmer. Ils se sont simplement installés sur la mine voisine, tout comme les ouvriers qui gagnent leur vie en extrayant le charbon. Les locaux refusent souvent de travailler en sous-sol, préférant la sécurité des gardiens ou des ouvriers de surface. Li s’est rendu à cette profondeur environ 20 fois l’an dernier, allant jusqu’à passer environ 80 heures dans les galeries obscures. Il a passé 50 heures à filmer en sous-sol, dont une séquence longue de 20 minutes.

Les media d’Etat ont également rapporté des affaires de meurtres, de vol et de corruption dans l’industrie minière clandestine, notamment le meurtre de miniers par des locaux qui, après leurs exactions, simulèrent une explosion afin de demander réparation. On empêche souvent les parents des victimes de voir les cadavres. Ce sont les propriétaires des mines qui s’en débarrassent, sans en informer les autorités
locales, de peur d’être contraints d’arrêter leurs activités illégales.

Au cours des dernières années, le gouvernement a lancé plusieurs opérations destinées à restreindre l’activité minière clandestine. Les responsables affirment que les inspecteurs ferment chaque année des dizaines de milliers de petites mines, mais beaucoup d’entre elles réouvrent après le départ des inspecteurs et de la police. Le magazine Beijing Review a récemment rapporté les faits suivants : « Les superviseurs de la sécurité minière à tous les niveaux oeuvrent principalement dans des mines de charbon où le devoir de légalité est peu ressenti, ce qui implique une grande laxité dans le respect de la loi, des erreurs dans les procédures et des punitions inadaptées à l’importance des délits. »

Lorsqu’une mine ferme, la concurrence sur les emplois dans les mines restantes devient de plus en plus impitoyable. Li pense que la publication deux ans auparavant de l’histoire de Liu (sur laquelle Li a fondé son film), ajouté à la récente dénonce de cette industrie par les media, fait de l’activité minière illégale un sujet moins propice à controverse. Le film n’oppose pas la Chine, la société chinoise ou le gouvernement, dit-il. « Je suis sûr que le public des pays occidentaux ne pensera pas que tout le monde est comme ça en Chine. Mais je ne pouvais pas faire mon film selon leurs règles », dit-il, principalement parce qu’il voulait économiser du temps et de l’argent. « Si c’était juste comme acheter des vêtements, nous pourrions suivre la voie officielle. »

Bill Smith, South China Morning Post.


Le Puits de Liu Quingbang, traduit du chinois et annoté par Marianne Lepolard

L’auteur
Liu Qingbang, né en 1951 dans la province du Henan, a été élu membre de l’association des écrivains chinois lors du cinquième congrès national en 1996. Auteur reconnu de romans et nouvelles, il a reçu de nombreux prix en Chine et a été traduit dans différentes langues.

Parution le 5 octobre 2003. Editeur Bleu de Chine, 2003, pour la traduction française.

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