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Mon
équipe et moi-même avons rencontré de nombreuses difficultés
pour réaliser Blind Shaft, parfois même au péril de
leur vie. A présent le film est enfin terminé, mais pour
moi les dangers existent toujours. Ce film sera interdit de projection
en Chine, et pour ma part je devrai affronter le malheureux sort d'être
interdit de faire un film en Chine.
Blind
Shaft est un film qui fait un portrait réaliste de
la vie des mineurs charbonniers et de leur place dans les basses couches
de la société chinoise d'aujourd'hui. Utilisant un style
proche du documentaire, il présente au public la vie de ces gens
ordinaires de manière simple et directe. On n'y trouve pas de mélodrame
ou de dramatisation volontaire. Le film permet simplement de visualiser
une véritable histoire.
A
la suite de la modernisation et de l'ouverture de la Chine, des milliers
de mines de charbon privées sont apparues. Mais cette évolution,
à l'origine positive, s'est révélée être
un véritable cauchemar pour de nombreux mineurs charbonniers. Les
mesures de sécurité et les installations de ces mines privées
ne satisfont pas aux exigences fondamentales du gouvernement. Les propriétaires
miniers ne consacrent pas d'argent à l'achat de l'équipement
nécessaire à la sécurité, alors qu'ils dépensent
des sommes astronomiques en pots-de-vin pour les cadres du parti et les
bureaucrates, afin d'obtenir les diverses autorisations requises pour
la mise en activité des mines. Ces bureaucrates méprisent
totalement la vie des mineurs dans ces transactions de pouvoir et d'argent.
Les mineurs travaillent dans des conditions extrêmement dangereuses
et emploient des méthodes d'extraction très primitives.
Ils utilisent des pioches en fer et des pelles pour creuser, ainsi que
des charrues tirées par des chevaux pour transporter le charbon.
Ils n'ont à leur disposition pratiquement aucun équipement
moderne et ne bénéficient ni de protection ni de garantie
pour leur propre vie.
En
2001, un accident majeur impliquant l'effondrement d'une mine à
Nante, dans la province du Guangxi, causa la mort de plus de quarante
mineurs. Mais le propriétaire de la mine a réussi à
secrètement brûler et enterrer les restes des mineurs avec
l'aide et le soutien du gouvernement local, des chefs de partis et du
département de police. Cet incident fut par la suite dénoncé
par deux courageux et consciencieux reporters. Mais il s'agit là
seulement d'une histoire de la Chine d'aujourd'hui parmi tant d'autres.
D'après les statistiques, plus de 7 000 mineurs charbonniers
en moyenne meurent chaque année dans des accidents. Cependant,
ce ne sont que les chiffres officiels. Beaucoup d'autres décès
restent non signalés, voire non remarqués.
Au
cours des vingt dernières années, la Chine a connu des changements
majeurs. Son économie n'a cessé de croître rapidement.
Mais suite à ce miracle économique, la polarisation de la
société chinoise s'est également renforcée.
Le mode de vie des plus basses couches de la société continue
d'empirer. Poussés par la pauvreté, des dizaines de milliers
de paysans quittent leurs foyers pour trouver du travail ailleurs. Viciés
par l'argent, les standards moraux se détériorent rapidement
et la corruption sévit. Pour augmenter leurs revenus, ceux qui
détiennent le pouvoir sont corrompus, alors que les plus dépourvus
vendent leurs corps et leurs âmes, ou bien tuent et volent. Sous
la pression de lourdes dettes et des taxes, de nombreux paysans arrivent
difficilement à joindre les deux bouts avec leurs récoltes.
Beaucoup d'enfants sont contraints d'arrêter l'école et de
commencer à travailler parce qu'ils ne peuvent payer leurs frais
d'inscription scolaires. Mais la sombre réalité de ces conditions
sociales a été délibérément masquée.
La vie de ces femmes et de ces hommes appartenant aux strates inférieures
a été totalement négligée et oubliée.
A
la télévision et dans les journaux, les gens ne perçoivent
que les grandes réalisations de l'économie chinoise en plein
développement. Mais qui veut bien se préoccuper des personnes,
de leurs sentiments, de leurs âmes et leurs esprits, et de la moralité
sociale ? Qui se préoccupe de cette énorme masse humaine
qui lutte en bas de l'échelle sociale chinoise ?
Afin
de réaliser ce film, j'ai cherché et visité de nombreuses
mines de charbon à travers près de la moitié du pays.
Un jour, juste après avoir pris quelques photos avec mon appareil,
je fus immédiatement entouré par le propriétaire
de la mine et la police. J'étais très nerveux à la
vue des pistolets qu'ils tenaient dans leurs mains, et ils menacèrent
de m'emprisonner. Par chance, l'un de mes amis était également
un cadre local et mentit en disant que j'étais un simple touriste,
et non pas un reporter. Alors seulement, je réussis à échapper
au danger. Une fois rentré à Pékin, on m'avertit
que les responsables du gouvernement local voulaient organiser une réunion
d'urgence pour statuer sur mon sort. Ils me jugèrent reporter et
s'inquiétaient beaucoup de me voir dénoncer plusieurs de
leurs accords tendancieux. Mon ami fut impliqué dans l'affaire
peu après.
Il
se peut que ce soit parce que ma propre vie a été menacée
que j'ai pris la résolution de terminer ce film et de dire la vérité
au public. Même si j'ai rencontré encore bien d'autres dangers,
ma conscience humaine m'a donné la force de continuer.
Tout
pays nécessite de promouvoir son côté brillant et
glorieux. Mais il n'est pas vrai de dire que la dénonciation et
la critique des aspects sombres et laids de la nature humaine et de la
société peuvent encore plus promouvoir le progrès
et le développement de la société.
Li
Yang
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