Nous avons tous besoin d’un endroit où stocker, voire cacher, souvenirs, pensées, impulsions, espoirs et rêves. Ce sont des aspects de nos vies que nous ne pouvons résoudre ou plutôt sur lesquels nous ne pouvons agir, mais en même temps nous redoutons de nous en délester.
Pour certains cet endroit est un lieu réel, pour d’autres un espace mental, pour un plus petit nombre ce n’est ni l’un ni l’autre.
2046 est un projet entamé il y a quelque temps. Le chemin pour achever le film fut long et riche en péripéties. Tout comme les souvenirs que nous chérissons, il est difficile de s’en défaire."

Wong Kar Wai


Que signifie le nombre « 2046 » ? En 1997, lors de la rétrocession de Hong Kong, les autorités chinoises avaient garanti que l’autonomie du territoire serait préservée, et que rien ne changerait au cours des 50 années suivantes. Cette promesse prendrait donc fin en 2046.
Wong Kar Wai fut fasciné par cette promesse et par ce nombre. Il essaya alors d’imaginer une histoire d’amour en la mêlant étroitement avec ce nombre. Il se demanda également ce qui, dans ce monde, était réellement immuable. Dans notre vie quotidienne, lorsque nous tombons amoureux, nous nous posons souvent ce type de questions : « Va-t-il (elle) continuer à m’aimer ? Vais-je demeurer le même ? » Le film 2046 a donc commencé à partir de ce nombre.


Réalisé par l’un des artistes les plus réputés de Hong Kong, Wong Kar Wai, 2046 est une coproduction entre Shangai Film Studio et Jet Tone Films Ltd. Selon le réalsateur : « L’histoire de 2046 m’est venue à l’esprit au moment ou nous travaillions sur In the Mood for Love, mais 2046 n’est pas une suite, bien que certains personnages se ressemblent ».

Il ajoute : « En réalité, les personnages de 2046 doivent expérimenter et affronter des sentiments et des problèmes plus profonds et plus sincères, ce qui nécessitait une approche différente
pour les construire. Je m’en suis rendu compte lorsque j’ai regardé autour de moi, et observé des gens de mon entourage aller de rencontres en ruptures, et d’autres incapables de saisir l’amour ou de le reconquérir. Cela m’a inspiré. »
« Je réfléchissait à ce que « aimer » ou « être aimé » signifiait réellement, et
2046 me vint à l’esprit. 2046 parle d’un homme qui tente de laisser son passé derrière lui, d’enterrer les souvenirs dont il ne peut se défaire, mais ce qu’il porte en lui est presque trop lourd pour qu’il puisse aller de l’avant, dépasser ce qu’il a fait, ce qu’il a vu. Nous nous défaisons tous de souvenirs, consciemment ou non, afin de repartir de zéro. Certains le font peut-être une seule fois, d’autre constamment. Mon film porte sur un homme rejeté par la femme qu’il aimait. Par la suite, il refuse l’amour d’une autre femme, et laisse ainsi passer sa chance de prendre un nouveau départ. Il commence alors inconsciemment, et pour différentes raisons, à gâcher chaque nouvelle chance de trouver l’amour. Cela peut paraître banal mais, comme on le voit dans 2046, il ne faut rencontrer l’amour ni trop tôt, ni trop tard. »

Dans ce film, Wong Kar Wai a mis les effets spéciaux les plus sophistiqués au service de son imagination débordante, afin de dépasser les limites de temps et d’espace, et de mélanger passé et futur au sein d’un même univers fantasmé et romantique. Pendant près de cinq ans, le tournage s’est déplacé de Chine en Thaïlande, en passant par Macao et Hong Kong. Les investisseurs du film proviennent du Japon, de Hong Kong, de Chine, de France et d’Italie. Les plans truqués numériquement ont été créés par la société française BUF, en collaboration étroite avec Wong Kar Wai. BUF est à l'origine des effets spéciaux de Matrix Reloaded et Matrix Revolutions, Alexander the Great – la future épopée d’Oliver Stone – et Fight Club, mais c’était la première fois qu’elle travaillait pour un film asiatique. Des centaines d’experts et d’artistes de BUF ont ainsi été impliqués dans la création des images qui, au final, apparaissent dans 2046.